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jeudi 1 mai 2025

80 ans de la Victoire par la bravoure britannique

 Ce jeudi premier mai 2025[1], Royal Mail, l'opérateur postal et philatélique historique mais privatisé britannique, émet une série de timbres-poste pour les quatre-vingts ans de la Victoire contre l'Allemagne nazie, signée à Berlin le huit mai 1945.

Les dix timbres principaux de l'émission (boutique web de Royal Mail).

Cette année, le thème est "Valour and Victory" : Bravoure voire Vaillance et Victoire.

Sont honorés onze Britanniques et sujets de l'Empire colonial britannique ayant participé par une diversité d'activités, pour certaines et certains au-delà du militaire offensif ou défensif, à la résilience britannique isolée après l'armistice entre la France du Président du Conseil Pétain avec l'Allemagne hitlérienne, et l'isolationnisme traditionnel des États-Unis sur ce qui pouvait se passer en Europe - voire l'admiration de certains racistes pour le fascisme et le nazisme.

Les dix timbres principaux sont vendus soit en deux rangées de cinq, soit par feuille de vingt-cinq ou cinquante (cinq ou dix fois la bande concernée), mais les marges de ces feuilles ne sont pas illustrées comme la française Philaposte a pris l'habitude ces dernières années.

Sont présentés en portrait photographique avec en arrière-plan le cadre de leurs activités :

- George Arthur Roberts (1891-1970), natif de Trinitad, volontaire et vétéran de la Première Guerre mondiale, pompier londonien pendant le Blitz.

- Mary Morris (1921-1997), native d'Irlande, infirmière militaire, elle soigna notamment les soldats de l'évacuation de Dunkerque, puis d'un des hôpitaux mobiles du débarquement en Normandie. Elle suit les troupes en Belgique et jusqu'à l'invasion de l'Allemagne.

- Tommy Macpherson (1920-2014), natif d'Écosse, capturé en Libye pendant une reconnaissance pour l'opération Flipper en 1941, il ne cesse les tentatives d'évasion en Italie, en Autriche et même d'un stalag en Pologne d'où il rejoint la Suède puis l'Écosse en 1943. En juin 1944, il est parachuté à Aurillac au sein d'un commando avec deux autres hommes pour guérilla et sabotage en soutien à la Résistance française et au débarquement en Normandie. Avec succès, puisque son autorité convint même les officiers généraux allemands du sud de la France de se rendre à lui à la fin de l'été 1944. Ses dernières opérations ont lieu en Italie du Nord.

Le timbre Violette Szabó avec en arrière-plan sa fausse carte d'identité française, timbre fiscal inclus (boutique web de Royal Mail).

- Violette Szabó (1921-1945), Anglaise née en France, elle travaille comme vendeur textile d'un grand magasin de Brixton, mais est une experte du tir de chasse grâce à son père. En 1940, elle épouse Étienne Szabó, soldat de la Légion étrangère française d'origine hongroise. Volontaire pour la défense intérieure, elle passe d'opératrice téléphonique à artilleuse côtière, avant d'être recruté par le SOE (la Direction des opérations spéciales britannique).

Sa seconde mission en France débute dans les jours suivants le débarquement en Normandie, parachutée à Sussac, près de Limoges, afin d'entraîner et coordonner les maquis locaux. Son officier découvre des résistants peu préparés et envoie Violette Szabó vers la Corrèze et la Dordogne, où les maquis sont plus solides.

Mais, elle est capturée après une fusillade contre des SS de la Division Das Reich, qui avait commencé sa remontée vers le front normand. Interrogé par la Sicherheitsdienst à Limoges, puis la prison parisienne de Fresnes, elle est transférée au camp de concentration de Ravensbrück, en août 1944, puis au camp de Torgau où elle et d'autres agentes perturbent le travail de l'usine d'armement. À Ravensbrück, le commandant du camp la condamne à mort et elle est exécutée le 5 février 1945.

Le timbre la représentant, jeune et vive, a en arrière-plan une de ses fausses cartes d'identité françaises, comprenant un timbre fiscal et des tampons administratifs.

La Collector's Sheet pré-personnalisée : à chaque héros un objet ou une scène de son action. Pour Violette Szabó, une radio (boutique web de Royal Mail). 

- John Harrison, marin sur le HMS Belfast.

- Bhanbhagta Gurung (1921-2008), sujet népalais de l'Empire des Indes. Il sert dans les Gurkahs dans la campagne de Birmanie contre l'armée impériale japonaise.

Il reçoit la prestigieuse Victoria Cross des mains du Roi George VI au palais de Buckingham, pour la prise d'une colline birmane en mars 1945, protégée par un sniper qu'il abat debout, quatre trous dans lesquels il jette des grenades en courant de l'un à l'autre, tuant leurs occupants, et un bunker dont il tue les soldats au couteau ou avec une pierre. Dans la foulée, il commande deux soldats pour tenir la position face à une contre-offensive ennemie.

Gurung quitte l'armée en janvier 1946 pour s'occuper de sa mère et de sa jeune famille, dont ses trois fils et un petits-fils furent des militaires de carrière.

- Thomas Peirson Frank (1881--1951), ingénieur civil, il est l'Ingénieur-en-chef du Conseil du comté de Londres (la collectivité locale londonienne d'alors) depuis 1931 quand les bombardements du Blitz touche la ville. Sa rapidité d'organisation permet d'assurer les réparations ou déblaiements pour la continuité de la vie économique de la capitale, notamment la remise en état des digues de la Tamise et éviter l'inondation des quartiers bas avec leurs installations industrielles, militaires, navales et portuaires.

- Mahinder Singh Pujji (1918-2010), Sikh natif de Simla, la capitale d'été de l'Empire britannique des Indes que sert son père au département de la Santé et de l'Éducation. Pilote d'avion depuis 1936, il se porte volontaire en 1940 auprès de l'Armée indienne de l'air pour servir la Royal Air Force en Europe.

Qualifié en juin 1941, il escorte des bombardiers au-dessus de la France, mène des patrouilles par temps brumeux, etc. principalement à bord de Hurricanes. En septembre, il rejoint le théâtre de la Méditerranée et du Proche-Orient.

En 1942 et 1943, il rejoint la Royal Indian Air Force  où il atteint le grade tactique de commandant d’escadron. En 1944, il participe à la campagne de Birmanie, notamment dans le repérage de trois cents soldats états-uniens perdus dans la jungle, proche des lignes ennemies. En 1945, il est envoyé à l'École de commandement (Command and Staff College) de Quetta.

Bien que mis en retraite en 1946 à cause des conséquences d'une tuberculose, il ne perd pas son sens de l'aventure avec la moto et le planeur. Il fut le pilote de baptême de vol en planneur de Nehru, Edwina Mountbatten, du président Eisenhower. Il émigre plus tard en Angleterre comme contrôleur aérien.

- William Tutte (1917-2002), mathématicien canadien, il est connu pour son rôle de cryptanalyste, « casseur de codes », de la machine allemande Lorenz, utilisé par l'état-major de la Wehrmacht allemande, au sein des équipes de Bletchley Park.

Il est reconnu pour ses apports en théorie des graphes (même si sa terminologie est refusée par ses pairs) et des matroïdes. [2]

- Lilian Bader née Bailey (1918-2015), née à Liverpool d'un père marin originaire de la Barbade et d'une mère liverpuldienne d'origine irlandaise, elle dut vivre dans un couvent jusqu'à 20 ans après la mort de son père et la discrimination envers une métis pour trouver un emploi.

Malgré son volontariat, les Institutes des forces armées (visant à organiser les loisirs des soldats et vétérans après la Grande Guerre) la renvoie car son père n'est pas né au Royaume-Uni (À quoi cela sert-il d'avoir un Empire ?). Par contre, en 1941, la Royal Air Force est moins regardante pour ses auxiliaires féminines ; elle est formée à la réparation des instruments d'avion. Elle sert jusqu'à sa grossesse en février 1944, mariée à un artilleur, Ramsay Bader en 1943.

Dans les années 1960, en suivant des cours du soir, elle passe les diplômes du secondaire et universitaire pour devenir enseignante.

Le feuillet de quatre timbres différents sur le soutien au moral des troupes par la chanteuse Vera Lynn, ici dans son tirage spécial Europhilex 2025 (boutique web de Royal Mail).

Ces parcours héroïques, communs à des milliers et des milliers de soldats et civils de la Seconde Guerre mondiale et des conflits liés (Japon en Chine, Allemagne et ses annexions, etc.) permettent de montrer la globalité de la guerre quelque soit l'origine sociale, culturelle, nationale des individus.

Cependant, les médias et les partis conservateurs et d'extrême-droite étant ce qu'ils sont, il faut un sujet grand public immédiatement connue pour attirer vers les timbres-poste les journaux et les émissions matinales.

Un bloc-feuillet de quatre timbres de photographies d'époque honore la chanteuse Vera Lynn (1917-2020), surnommée "Forces' Sweetheart", le cœur tendre des Forces (armées), pour ses chansons, ses concerts en Égypte, en Inde et en Birmanie, dans le cadre de l'Entertainments National Service Association des Forces armées britanniques.

Elle resta ouverte au soutien des vétérans, parmi d'autres causes caritatives, y compris par un de ses derniers singles : la reprise de la chanson "My Son, My Son", qu'elle avait chantée en 1954, cette fois pour marquer la fin de la guerre des Falklands.


La commande minimale du collectionneur peut être lourde au porte-monnaie, même s'il n'y a que des timbres du service intérieur première classe (1,70 GBP depuis le sept avril dernier).

Cela fait partie de la promesse de Royal Mail par un communiqué de fin février 2025 que les émissions spéciales ne comprendraient plus que des timbres de première et seconde classes intérieures, et plus de tarifs pour l'étranger, ni de valeur ronde (une ou deux livres sterling).

1,70 x 14... Même si cela permet d'honorer des parcours dans lesquels d'identifier en ces temps géopolitiquement difficiles.


Notes :

1 : Au Royaume-Uni, les jours fériés « laïcs » sont placés le lundi le plus proche par rapport à d'autres pays européens afin de créer, pour ce jour des travailleurs, un Early May bank holiday : un week-end de trois jours sans banque du samedi trois au lundi cinq mai.

2 : Pour les thématistes qui cherchaient des sujets intellectuellement stimulants.

Compléments du lundi cinq mai - férié au Royaume-Uni :

Visiblement qui sert aujourd'hui essentiellement aux célébrations avec le public de la Victoire et des vétérans de la Seconde Guerre mondiale. À Londres de midi à quatorze heures, la cérémonie d'ouverture (discours de Churchill et permission des cadets de l'armée demandée un vétéran à démarrer un défilé) a été suivie par la marche de militaires britanniques, ukrainiens et d'alliés sous pavillon de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord.

Ensuite, la tribune royale s'est vidée pour laisser le Mall au public, le salut du Roi Charles III et sa famille au défilé aérien, avant une réception de vétérans au palais de Buckingham. 

Compléments du jeudi huit mai 2025 :

Ce jour de fête et souvenir en Europe, Gary Younge propose un billet d'opinion dans The Guardian sur la capacité de la société britannique - et par ses exemples, les sociétés dont les États ont conquis et exploité des empires coloniaux - a « honoré tous ceux qui se sont battus » ?

Partant des manifestations indépendantistes en Algérie française ayant fini en massacre par les forces de l'ordre, il rappelle que des colonies britanniques d'Afrique ont connu de tels mouvements pour obtenir après tout seulement ce que les Métropoles prétendraient s'être battues pour elles-mêmes : libertés, démocraties, respect de l'autre, etc. Quitte en Indochine et en Indonésie à profiter du vide de pouvoir en septembre 1945 à la capitulation du Japon.

Pour la société britannique, il s'agit des combattants et civils volontaires de l'Empire des Indes et des  futures Malaisie et Singapour, des colonies africaines, et celles des Caraïbes. Le choix de Lilian Bader pour un des timbres montre pourquoi : le racisme de la bonne société anglaise et de ses élites accueillait volontiers l'effort de guerre au risque de leur vie  des colonisés, pourvu qu'ils retournent dans leurs pays... sauf que Lilian était née en Angleterre d'une mère britannique.

Et la question se pose encore outre-Manche : la Windrush Generation, profitant de nouveaux droits en 1948 et venue en Métropole travailler, a subi la discrimination anti-migrants à partir de 2012. Les fonctionnaires du Home Office - aidés par l'absence de carte nationale d'identité obligatoire et de la difficulté de ses retraités et leurs enfants de prouver par paperasse la légalité de leur arrivée - ne distinguant pas les migrants récents, des immigrants caribéens longuement installés de droit et devenus Britanniques.

Gary Younge, "On VE Day, remember the war – but can we resolve to honour all who fought in it?", 'The Guardian', 8 mai 2025.

samedi 6 janvier 2024

Philatéliste : ouvrez vous-même les bouteilles de vin !

 Entre les fêtes de fin d'année et la galette des rois, les collectionneurs de timbres fiscaux penseront à assurer eux-même le débouchage des bouteilles de vins, cidres et autres mousseux pour récupérer les quelques figurines des petits producteurs.

Sur l'emballage du bouchon d'une bouteille de vin d'un producteur, la preuve qu'il a payé la fiscalité française sur les alcools et spiritueux (via la base Commons de Wikimedia).

Ainsi, un collègue parti à la retraite ramenait à chaque repas convivial quelques-unes des bouteilles de sa petite production, issu de deux parcelles héraultaises et de la vinification dans ses locaux.

Pour la partie paperasse, quels récits sur les déclarations à envoyer, preuves des quantités produits, vendues, revendues en vinaigre, pour chaque année... Et, surtout, en cas de visite de la gendarmerie, que chaque bouteille dans chaque carton a bien la preuve que la fiscalité a bien été réglée.

Là s'arrête mon article vu mon manque de connaissance dans tous les domaines évoqués, le mieux est de lire l'article de la Wikipédia en français sur cette Capsule représentative de droit (CRD).

mardi 22 août 2023

Timbre fiscal mobile sur papier spécial d'état civil français

 Petit sursaut pendant une recherche généalogique, samedi dernier le dix-neuf août 2023, en passant en revue les clichés des pages d'un registre d'état civil de 1926 sur le site des Archives départementales de l'Hérault.

Timbre fiscal mobile de 1926 dans le registre d'état civil de l'année 1926 de la commune de Fabrègues (capture d'écran d'un document conservé par les Archives départementales de l'Hérault).

Recherche des individus dans les registres français de naissance, de mariage et de décès, c'est prendre rapidement l'habitude de voir l'allégorie de la République, de la Monarchie ou de l'Empire régulièrement. Le papier coûte cher, le papier à longue vie et sur lequel doit s'écrire prudemment les informations essentielles pour reconnaître une personne encore plus...

... et, ce fut difficile dans cette commune : j'ai pu lire sur quelques décennies des recopies de jugement de tribunaux qui corrigeaient les dates de naissance d'enfants de migrants agricoles espagnols installés dans le commune...

Si j'en crois le catalogue des timbres fiscaux et socio-postaux de la Société française de philatélie fiscale (Yvert et Tellier, 2004), une augmentation eut lieu en 1924, nécessitant d'apposer un timbre Dimension de deux francs au type Médaillon de Tasset de 1922 surchargé deux dixièmes en sus.

Des années d'après la Grande Guerre bien coûteuses, alors qu'on encourageait la nuptialité et la natalité.

mardi 28 février 2023

Seconde moitié de février 2023 dans le monde de la philatélie

 Trouvailles sur Twitter principalement pendant la seconde moitié du mois de février 2023.

Timbre erroné en vente entre le premier et le six juillet 2022 en Autriche (via Linn's Stamp News).

Le seize, Linn's Stamp News résume l'erreur commise par la poste autrichienne sur un des quatre nouveaux timbres de roulette, émis le premier juillet 2022. Bonne illustration, mais mauvaise légende du château représenté ; dès le six juillet, la vente et les envois furent stoppés net. Cependant, quelques "Burg Güssing" erronés sont parvenus à des clients... Le timbre correct "Riegersburg" apparaît dans le catalogue en septembre.

Cliquer pour aller voir.

Le dix-huit, Graham Beck a montré un exemple magnifique d'art postal à partir d'une émission de timbres du Canada, d'un colis lourd et de postiers respectueux.


Affiche d'Europhil SPM 2023 (via le site de Jean-Jacques Tillard)

Découvert le vingt, le Club philatélique de Saint-Pierre-et-Miquelon organise une nouvelle exposition internationale, du vingt-deux au vingt-cinq juin 2023. Sous le patronage de l'Académie européenne de philatélie, aura lieu un championnat Un Cadre avec des collectionneurs de l'archipel français et des organisations nord-américaines, l'American Philatelic Society et la Société philatélique royale du Canada.



Le vingt-quatre, le webmestre de la Korea Stamp Society (adhésion libre et gratuite) a montré comment obtenir facilement des timbres fiscaux en Corée du Sud : acheter de l'alcool en bouteille comme en cannette.

Les fiscalistes en recherche d'un nouveau terrain de découverte peuvent se tourner vers la Corée du Sud aux timbres fiscaux multiples et régionaux.


Un exemple érinnophile du sens des inscriptions sur timbre chinois (fil Twitter par Richard Philatelist).

Le vingt-cinq février, Richard, un philatéliste britannique, a posté une vidéo sur YouTube pour expliquer les inscriptions sur les timbres de la République populaire de Chine. Une réalisation fort pertinente et utile. Merci !


Le vingt-six, Vaccari News annonce la disparition de l'historien postal Beniamino Cadioli, spécialiste des postes militaires italiennes depuis les guerres d'Abyssinie, à la fin du dix-neuvième siècle, jusqu'à la Seconde Guerre mondiale.

Couverture du Catalogue Scott des timbres contrefaits des États-Unis.

En pré-commande chez l'éditeur Amos Advantage, un fort étrange catalogue au nombre de pages promis à l'inflation, sauf si l'United States Postal Service ne réagit drastiquement : le Scott Specialized Catalogue of United States Counterfeits de 2023.

Apparemment, les timbres à validité permanente, Forever, pour le premier échelon intérieur sont tellement falsifiés depuis 2007 que l'éditeur a décidé qu'il ne pouvait plus les lister au sein du catalogue spécialisé des États-Unis : dix-sept pages pour les faux à valeur faciale chiffrée, quatre-vingt-dix-sept pages avec les valeurs permanentes,... et, déjà, d'autres falsifications ont été rapportées depuis le lancement de l'impression de ce nouvel ouvrage.

À rapprocher de la politique d'émissions de timbres à validité permanente... Je commence à comprendre celle de La Poste.


Bloc-feuillet japonais à venir le quinze mars (via l'association philatélique japonaise).

Enfin, à venir en mars, la poste japonaise émet un grand feuillet richement décoré sur deux châteaux de la Loire, Chambord et Chenonceau. Il est connu par les bilans de Philaposte Boulazac que l'imprimerie de la poste française imprime des timbres pour le Japon, mais ceux-ci ne portent pas de nom d'imprimeur. Pour ce feuillet, l'imprimerie apparaît avec cinq repères de couleur en bas à gauche.

Deux journées premier jour auront lieu à l'Institut français Kansai, le mercredi quinze et le samedi dix-huit mars.

mardi 13 juillet 2021

Des esclaves sur les timbres fiscaux des États-Unis ?

 Ce pourrait être le sous-titre de deux articles de Peter Schwartz et Calvin Mitchell, publié dans The American philatelist, le journal de l'American Philatelic Society. Dans le numéro de février 2020, ils ont présenté les premiers timbres de taxation du tabac de 1864, et dans celui de juillet 2021, ont poursuivi avec ceux de 1868-1869.

Après les études philatéliques (origine des images, impression, tarifs et usages), ils s'interrogent sur comment l'État fédéral a pu représenter des noirs, visiblement, sous condition servile sur des émissions conçues pendant la guerre de Sécession, puis pendant la période de la Reconstruction des États du Sud.


En 1862, l'objectif de nouvelles taxes fut de trouver des moyens de financer l'armée nordiste contre l'armée des États confédérés. Le tabac, avec les alcools, fut ciblé par des « taxes du péché », ce qui conduit à partir de la loi de 1864, à l'impression de timbres fiscaux imprimés sur les cigares, objects du premier article.

Ces timbres en forme d'une bande de grande longueur étaient collés après contrôle du contenu par l'Inspecteur fiscal pour refermer la boîte et garantir que la taxe avait été payée. Les deux scènes horizontales de chaque côté du montant de la taxe acquittée reprennent des scènes de cultivation et de préparation du tabac, et, d'après les auteurs, sont les premières représentations sur timbres fédéraux de personnes noires, d'esclaves et de femmes aux États-Unis, bien avant le timbre-poste de 1940 de l'enseignant et écrivain Booker T. Washington.

La partie de l'article de février 2020 analysant les deux scènes permet de reconstituer le travail dans une plantation de tabac du dix-neuvième siècle depuis le sarclage régulier des plants pendant la pousse jusqu'au séchage et l'expédition des feuilles. Pour les auteurs, le choix de ces scènes est probablement naïve : voilà comment avait lieu la culture du tabac ; peut-être un rappel aux fumeurs qu'ils consommaient un produit de l'esclavage enrichissant des maîtres et des industriels, et que son pays combattait alors ?


L'article de juillet 2021 est centré sur la série de timbres plus petits émis en 1868 pour taxer le tabac selon sa qualité : un seul timbre selon la masse du paquet multiplié par la taxe par once inscrite dans la loi. Entre une allégorie républicaine, une Cérès-Columbia à la corne d'abondance et des travailleurs se reposant grâce à une cigarette, deux scènes de cultivation et une d'expédition de tabac. Contrairement aux bandes imprimées en lithographie, de mauvaise qualité graphique, ces timbres permettent d'identifier la couleur de peau des personnages au travail.

Là, le genèse permet de retrouver l'origine des scènes, un illustrateur réputé alors et loin d'être considéré comme partisan de l'exploitation humaine : Felix Octavius Carr Darley (1822-1888) dont les œuvres se retrouvent dans des romans de grands écrivains, mais aussi dans les billets et autres papiers de sécurité des imprimeurs public et privés de l'époque.

Ainsi, la Continental Bank Note de New York, qui réalisa l'émission de 1868, utilisa deux illustrations de Darley. Elles étaient caractéristiques à la fois de la vision des esclaves noirs au travail dans la plantation, à l'écoute des ordres d'un blanc à cheval (similaire aux timbres-cigares), et d'un africanisme exotique, équivalent de l'orientalisme, qui animait alors les artistes européens. C'est ainsi que les deux ouvriers noirs se retrouvent avec une boucle à l'oreille... alors que les esclaves aux États-Unis ne possédaient sûrement pas de bijoux, ni que les hommes n'avaient cette habitude.

Pire, pour le sérieux de la chose, la scène de chargement d'un ballot sur un chariot fut réalisée pour illustrer la production du coton, et non celle du tabac. L'analyse de l'image par les auteurs est, de nouveau, intéressante : au prix de la feuille séchée, aurait-on laissé un ouvrier planté des crochets dans un gros paquet de tabac ?!

Comment cette représentation explicite du travail des noirs pour le loisir des blancs a-t-elle été acceptée sur des timbres fiscaux fédéraux après la guerre de Sécession ?

Pour Schwartz et Mitchell, explicitement la force de l'habitude et, implicitement par l'analyse des images et leur origine, une part de rentabilité d'images déjà disponibles. Par contre, l'accueil fut négatif dans plusieurs journaux « blancs », principalement parce qu'étaient représentés des noirs sur des papiers officiels des États-Unis, alors que billets et timbres-poste avaient évité cela...

On rappellera que, pendant le New Deal du Président Roosevelt dans les années 1930, de nombreux démocrates conservateurs du Sud avaient peu apprécié de voir « leurs » journaliers noirs préférer, pendant les moments nécessaires aux cultures, les emplois d'urgence proposés par l'État fédéral - plus sûrs et mieux payés !


Philatéliquement parlant, les auteurs s'étonnent finalement de l'absence d'études de ces timbres-tabac dans la littérature philatélique, malgré leur intérêt d'usage et d'existence - les boîtes à cigare connurent des timbres-bandes jusqu'aux années 1950, et celui de l'analyse historique dans l'évolution des représentations graphiques et mentales entre populations aux États-Unis depuis l'abolition de l'esclavage.

samedi 27 février 2021

Une semaine en Philatélie : 19 au 27 février 2021

 Quelques publications de toutes natures, dimensions, origines ayant la philatélie et la chose postale en commun.


Alors que le logiciel Horizon a détruit de nombreuses vies de Britanniques accueillant un relais postal dans leur commerce, et malgré un procès en 2020 où l'entreprise publique Post Office Ltd. a été contrainte de reconnaître sa responsabilité, Computer Weekly a publié un article, vendredi dix-neuf février, affirmant que Fujitsu savait parfaitement que le logiciel Horizon n'était pas en état d'être utilisé : bien trop de bugs. À cause de ce logiciel commettant des erreurs comptables, des commerçants furent accusés de fraude par Post Office, durent rembourser des sommes présumées détournées, perdirent leur licence postale ; certains se suicidèrent.

Sur ce scandale, un site spécialisé existe.


Samedi vingt, le blog Collection passion : les timbres fiscaux a publié un article sur le timbre à huit cents francs, puis à huit francs des duplicatas des livrets de famille. Les curieux de philatélie fiscale ont donc peut-être dans les archives familiales un timbre peu fréquent sur document, surtout si le livret reproduit a été conservé par le généalogiste de la famille.


Mardi vingt-trois, Stamp Market Index, la base de relevé d'enchères philatélie réalisées sur eBay, tenue par le marchand états-unien NobleSpirit, a proposé comme exemple les plus de six mille dollars réalisés par deux timbres oblitérés de timbres de Chine populaire datés 1952, marquant les trente-cinq ans de la Révolution d'Octobre 1917 en Russie. La description du vendeur indique le timbre Staline rouge comme un non émis, ce que confirme mon Yvert et Tellier tome 3 Outre-Mer de 1961 : brun-jaune. Que se passait-il dans l'administration postale chinoise à l'époque ?


Le même jour, les médias canadiens ont signalé que Postes Canada va offrir un entier postal par habitant pour encourager la correspondance en cette période alternant confinement et distance pour éviter la propagation du covid-19, comme le firent les postes irlandaise et thaïlandaise au printemps 2020.


Mercredi vingt-quatre, Peter (@stampden sur Twitter) a, pour une fois, délaissé l'histoire postale pour analyser un timbre du Japon de 1958 : le centenaire de l'ouverture des ports japonais aux Occidentaux. Évocation de l'histoire, genèse du timbre et analyse de ses éléments.

Peter Congreve, Australien installé au Japon, publie sur Twitter puis un blog - The Philatelist as Social Historian - ses analyses et recherches à partir de courrier.


Jeudi vingt-cinq, coup de griffes de DefenDerium sur Twitter aux collectionneurs qui écrivent sur les courriers qu'ils collectionnent pour se souvenir de leur intérêt en histoire postale... voire colle des flèches rouges pour repérer les raretés !!!

Se souvenir que d'autres collectionneront ces enveloppes, l'idée que le collectionneur doit conserver comme aux archives ou dans les musées et... p... de b... de m..., ça coûte quoi d'écrire sur une feuille les connaissances liées à cette enveloppe et de laisser feuille et enveloppe sous pochette plastique ensemble !!! Non seulement, on peut imprimer le scan de la lettre pour flécher dessus et relier aux légendes, mais, en outre, ça aidera les héritiers non philatélistes quand ils présenteront la collection à une association ou un marchand pour avis.


Ce samedi vingt-sept, un passionné d'histoire de l'art a constaté l'état déplorable de la fontaine Charlemagne, à Paris. Posée en 1840, elle n'est plus en eau depuis longtemps, et, visiblement, a dernièrement servi aux artistes de rue entre peinturage de la statue et collage de trois affiches para-philatéliques.

Il semble qu'un artiste, signant C+S, prépare des illustrations mêlant modèles féminins en sous-vêtements sur fond de timbres français d'usage courant, et les colle en région parisienne, depuis au moins trois ans d'après sa page sur urbacolors.com.

lundi 22 février 2021

Une collection virtuelle fiscale au gré de la généalogie

 Dans le numéro daté février 2021 de The American Philatelist, le journal mensuel de l'American Philatelic Society (adhésion individuelle possible), Peter Congreve montre comment l'historien postal gagne à utiliser les archives de la presse d'antan (et son rôle de carnet mondain) et les outils de la généalogie (de plus en plus accessible en ligne).

L'enveloppe-cas choisi : Pourquoi un J.A. Bayne de Niagara Falls, aux États-Unis, participait-il à une loterie australienne par correspondance en 1948 ? Et, pas seulement : pourquoi la marque de machine à affranchir fut-elle complétée de deux timbres oblitérés "H.F.A." ?

Les recherches de Peter Congreve se retrouve en forme de fils de quelques tweets consécutifs à l'adresse @stampden et sur un blog.

Côté français, la plongée dans les archives de l'état civil permet de retrouver le besoin de tout taxer, autre héritage de la monarchie absolue avec la Présidence jupitérienne. Tout en comblant les lacunes des sources et des branches d'arbres à travers tout le sud-sud-est de la France, mes copies d'écran d'acte conservent quelques timbres humides sur papier timbré.

Timbre royal d'1F,25c à Espalion, en Aveyron, en 1837.

Alternance des allégories républicaines, monarchiques et impériales (ces dernières pas encore repérées).

Une justice très romaine pour une Troisième République qui s'affirme de plus en plus, avec quelques variations de tarif, de 1872 à 1907.

Des allégories qui unissent des lieux variées, ci-dessus : 1872 à Nîmes, 1877 au Vibal (Aveyron), 1897 et 1907 à Montpellier... Oui, l'industrialisation a incité des familles de cultivateurs aveyronnais ou d'artisans textiles gardois à suivre le chemin de fer vers les emplois nourrissant ou fournissant en énergie une ville en début d'expansion.

Avec des décimes en sus pour payer l'indemnité de la guerre de 1870-1871.

À Montpellier en décembre 1944, au type datant de 1920, sans le tarif.

L'exploitation des nécessités de la vie (naître, se marier, mourir) sous prétexte qu'on ne pouvait faire confiance dans une copie d'acte prit-elle fin en 1986 avec le papier timbré ? Ou coûte-t-elle encore aux communes de France ?

À suivre...


jeudi 7 mai 2020

Collectionner des passeports : retrouver l'histoire

Philatélie fiscale aujourd'hui.

Depuis quelques mois, je suis les publications d'un collectionneur de passeports et de documents officiels de voyage : Neil, alias "Our Passeports" @ourpussports sur Twitter et qui a aussi un site web.

Une collection difficile de mon point de vue puisque ces documents sont rendus à l'administration d'origine et détruits en cas de renouvellement, et qu'advient-il de ceux des personnes décédées ? Conservés tant qu'un descendant y attache une valeur sentimentale ?

Neil est spécialisé dans les documents et passeports liés à la Seconde Guerre mondiale, notamment émis par les pays de l'Axe (Allemagne nazie, Italie fasciste, Japon impérialiste), leurs alliés ou les territoires occupés.
Aristides de Sous Mendes, sujet d'un timbre Europa en 1995 au Portugal ;
la thématique des Justes parmi les nations permet de retrouver ces héros de l'administration.
Cela comprend les documents de circulation obtenus par des personnes juives soit pour fuir l'Europe, notamment les visas délivrés par de courageux consuls à contre-courant des consignes de leur gouverment, tels le portugais Aristides de Sousa Mendes à Bordeaux, le japonais Chiune Sugihara en Lituanie.

Mais, aussi des autorisations pour que ces juifs puissent débarquer dans un pays d'Amérique ou en Palestine sous mandat britannique. Cela permet de retrouver des parcours individuels pendant les années trente ou la guerre.

Les dates extrêmes des représentations diplomatiques de l'Axe à l'étranger apparaissent régulièrement : derniers documents nazis émis au Japon en avril-mai 1945 ou peu avant la « libération » d'un pays d'Europe de l'Est par l'Armée rouge.

Au détour des pages, des timbres fiscaux pour payer ces visas. À mes yeux, de beaux fiscaux à l'effigie de George VI sur les passeports de voyageurs à destination de la Palestine, mais tous les pays et leurs timbres finissent par se dévoiler au lecteur, y compris les traditions administratives asiatiques aux tampons fort différents.

Pourquoi en parler aujourd'hui ? Parce que Neil présente une couverture de passeport qui rejoint ce que savent les collectionneurs de timbres de l'entre-deux-guerres.
Couverture d'un passeport de la Ville libre de Danzig (années 1920-1939), collection @Ourpussports.

La Ville libre de Dantzig fut une entité politique indépendante de l'Allemagne et de la Pologne, entre les deux guerres mondiales, le temps pour la Société des nations de définir le souhait de sa population.

Entité autonome signifie qu'elle a émis ses propres passeports et ses propres timbres de 1920 à 1939 (les habitants pouvaient aussi utiliser des timbres polonais surchargés s'ils passaient par le bureau de poste polonais).

Par extension, cette collection peut se diriger vers une collection de documents d'origine administrative, tel celui-ci illustrant une réquisition de pommes de terres auprès d'un fermier polonais en 1942.

La version initiale de cet article est parue sur le site de l'Association philatélique montpelliéraine, le mercredi six mai 2020.



samedi 3 mars 2018

Timbre-tabac allemand

Certains apprécient acheter le thé en boîtes métalliques ou racheter celles des marchands de thé... avec un souvenir enfantin de thé noir dans la pièce.
Boîte de cent grammes de tabac pour pipe avec les autocollants que fumer est mortel.
D'autres, comme un de mes collègues de nationalité allemande, préfèrent les boîtes métalliques de tabac à pipe. Avec un regret qu'elle soit défigurée par les autocollants des légitimes avertissements sanitaires : « Rauchen ist tödlich ».
Le timbre fiscal allemand fixant le prix imposé du tabac.
Évidemment, anti-tabac que je suis, c'est un timbre qui a attiré mon attention pendant que mon collègue préparait sa pause inspirante.

L'aigle-emblème de la République fédérale, un numéro et une lettre-code, un prix imprimé sur fond de lignes noires et rouges entremêlées...

Un timbre fiscal, ce que confirme le collègue habitué à payer bien cher son tabac d'origine.

L'avantage de la fiscalité allemande est qu'un collectionneur n'aura qu'à demander ou ramasser les paquets de cigarettes vides en Allemagne, comme le montrent certaines images de la base de documents libres de Wikimédia.

samedi 8 juillet 2017

À quoi ressemble un timbre fiscal du Mali ? Je ne sais pas, les Maliens en Algérie non plus

Découvert au hasard de recherches Google, cet article du site MaliActu.net du vendredi vingt-et-un avril 2017 rapporte les soucis des citoyens maliens ayant besoin de timbres fiscaux auprès de leur ambassade à Alger.
Un timbre fiscal malien de cinq cents francs CFA, joliment illustré (via MaliActu.net).
Étudiants ou travailleurs, ils ont contacté le média en ligne en espérant, qu'au bout de plus de deux mois de pénurie, les timbres fiscaux commandés à Bamako finissent par se retrouver dans un des vols qui rejoignent pourtant régulièrement la capitale de l'Algérie voisine.

Le journaliste Salif Diarrah a tenté de contacter l'ambassade : dès que le sujet de ces timbres est abordé, on lui a raccroché au nez ! Peut-être aurait-il dû essayer auprès du ministère des Affaires étrangères ?

Grave est la question de ces timbres nécessaires aux documents administratifs de toute sorte : je renvoie au problème de l'augmentation des droits au Cameroun, alors en débat fin 2016. Si l'idée était d'asseoir solidement les finances, et donc les actions, communales, la vie quotidienne des familles et des étudiants en était immédiatement affectée.

En remontant le temps sur MaliActu.net, la revente des timbres fiscaux plus cher que leur valeur faciale est dénoncée aussi loin que 2013, comparée à une démission de l'État, avec soupçon en 2015 de corruption de policiers et d'agents fiscaux qui fourniraient les commerçants indélicats.

samedi 18 mars 2017

Fins de catalogue à l'exposition Fête du timbre 2017 à Montpellier

Dimanche en fin d'après-midi, armé de l'objectif photographique moyen de mon téléphone portable - Feignasse, que je suis !, j'ai visité l'exposition proposée par les membres de l'Association philatélique de Montpellier et d'associations de Languedoc-Roussillon et Sud-Ardèche en compétition départementale.

Avec des photographies indignes - davantage à cause de l'appareil choisi plus que l'éclairage et le vitrage habituels, quelques pièces qui m'ont intrigué.

Quel genre de timbre est-ce ?
Timbre du ravitaillement général de 1946 sur cartes postales de 1947 dans l'Aude (collection Jean Michel, Fête du timbre, Montpellier, 11-12 mars 2017).
Dans la « fin de catalogue » d'une collection compétitive sur Le tarif de 1947 en France, Jean Michel proposait trois cartes postales de contrôle du ravitaillement général, toujours en vigueur trois ans après la fin de l'Occupation.

Il expliquait que les mairies devaient renvoyer une carte par demandeur de carte de ravitaillement afin qu'elle leur soit envoyée. Sûrement pour éviter des abus, des timbres spéciaux - probablement en nombre compté - devaient être apposés sur la carte et étaient oblitérés par les postes.

Timbre-poste, de service, de franchise, fiscaux ?

Précisions du mercredi cinq avril 2017 :
Non, gestion d'un aléa entre administrations, comme me l'explique Michel Soulié de l'Association philatélique de Montpellier par mail aujourd'hui.

Les cartes de ce type avaient été imprimées avec la mention « Franchise », mais « le Ministère du Ravitaillement n'a pas obtenu de l'Administration postale la franchise pour ces cartes. Pour ne pas les mettre au pilon (après guerre le papier est rare) on a émis ces "timbres" en compte pour masquer la mention de la franchise. » Le port était tout de même payé en compte par le Ministère.

Cette carte de contrôle visait bien à éviter les fraudes : la Mairie du lieu de résidence et d'établissement de la carte de ravitaillement devaient l'envoyer à celle du lieu de naissance.

Merci Michel.

Fiscalisme en traditionnelle.
Un quinze centimes bleu Sage sur un contrat de vente de 1891 (collection Laurent Abbes, Fête du timbre, Montpellier, 11-12 mars 2017).
Toujours en compétition et en « fin de catalogue », Laurent Abbes proposait une étude du quinze centimes Sage qu'il concluait presque sur le contrat de vente d'une truie lors d'une foire dans la Nièvre en 1891.

Le timbre-poste faisant office de timbre fiscal. Il n'y a donc pas que les Anglais.

Faire timbre et oblitération de tout bois.
Quelques exemples d'affranchissements militaires français pendant l'occupation de l'Allemagne à la fin de la Première Guerre mondiale (collection Raoul Michau, Fête du timbre, Montpellier, 11-12 mars 2017).
Parmi les collections libres, avec émotion et une page par thème, Raoul Michau résumait la Grande Guerre, son déroulement et ses souffrances.

Il n'oublia pas d'aller voir comment le conflit fut vécu côté allemand avec quelques correspondances de marins sur cartes postales, et des affranchissements inventifs de l'armée française en Allemagne de 1918 à 1919.

Timbres allemands de l'occupation de la Belgique, timbres de service allemands, mix Semeuse/Germania, tout passa sur le courrier militaire aux oblitérations « Trésor et Postes ». Où ranger ses usages dans les catalogues de timbres ?

Quelques idées pour le timbre Montpellier 2019 ?
Paysage classique montpelliérain : la place de la Comédie en 1891, repiquée en 1902 pour un vol de ballon (collection Michel Rettgen, Fête du timbre, Montpellier, 11-12 mars 2017).
En cartophilie, Michel Rettgen racontait l'histoire de la carte postale et des formes multiples qu'elle connut depuis les cartes à jouer usagées revendues pour resservir en carte de visite jusqu'aux cartes peintes à la main, en stéréoscopie, en dentelle, etc. Rien de bien nouveau en φl@télie donc hihi :p

Beaucoup de choses intéressantes dans cette approche épistémologique.

Dans une logique montpelliéraine - congrès de 2019 en approche, c'est une carte postale à illustration publicitaires que je retiens ici : vue des immeubles du côté nord de la place de la Comédie, du théâtre à l'actuel cinéma Gaumont...

... car je rêve pour le timbre du congrès d'un très long timbre panoramique de la place de la Comédie à la tour du Triangle, en passant par la perspective de l'Esplanade Charles-de-Gaulle au Corum.

Et cette carte montre que les services φl@téliques actuels n'inventent rien : commandée par les Nouvelles Galeries, elle est « surchargée » en bleu onze ans après pour le vol d'un ballon au port de pêcheurs de Palavas, à une dizaine de kilomètres au sud...

... ou panorama depuis le golfe du Lion : stations balnéaires et étangs au premier plan jusqu'au pic Saint-Loup à l'arrière...

Côté fête : absences et plastique.
Côté Fête du timbre φl@télique - marque déposée -, des deux marchands montpelliérains, l'un était au Salon de printemps (prématuré) de la Chambre syndicale à Paris, l'autre était présent le samedi mais commerçait sur une bourse locale le dimanche...

Le postier proposait le timbre Bazille émis un mois plus tôt, à côté du bloc L'Étoile d'Edgar Degas sous plastique code-barré afin de renoncer à l'inclusion du code-barre sur l'objet philatélique.

Débats : faut-il le collectionner sous plastique ? Est-ce bien durable ? Si le matériau est (partiellement ou complètement) dégradable au nom de l'environnement, quel effet sur le papier imprimé et gommé ?

jeudi 22 décembre 2016

Des actuels timbres fiscaux du Cameroun

Il n'y a pas qu'en France que les gouvernements successifs et à venir recherchent des revenus, celui du Cameroun a joué avec la fiscalité des formalités administratifs, donc sur la valeur des timbres fiscaux nécessaires. Après l'augmentation du timbre pour les passeports fin 2015...
L'actuel timbre communal (et bilingue) de deux cents francs CFA (Semac) (via Cameroon-Info.net).
Fin novembre, lors du débat sur la loi de finances 2017, une petite liste de création ou d'augmentation de taxes étaient encore en discussion : loueurs de logements meublés soumis aux impôts sur les sociétés et à la taxe sur la valeur ajoutée, taxe de séjour touristique, sur les boissons vendus en emballage non recyclable (la vente d'alcool en sachets est ainsi interdite en Côte d'Ivoire).

La journaliste Géraldine Ivaha de Cameroon-Infos.net explique que le gouvernement veut consolider la régularité de ses revenus et profiter de la croissance à venir pour financer l'attractivité du pays, dans le contexte de l'entrée en vigueur de l'Accord de partenariat économique signé avec l'Union européenne - Tiens ! Un accord de libre-échange que l'UE parvient à conclure...

Par contre, Sandrine Gaigne pour Le Quotidien de l'économie, repris sur Camer.be, est allé interroger des Camerounais sur la conséquence du triplement du timbre fiscal pour les documents administratifs au format A4 (de deux cents à six cents francs) et le plus que doublement au-delà (de quatre cents à mille francs).

Pour les économistes et fiscalistes, même si ce budget philatélique représente bien peu, il permettra d'asseoir les budgets des communes en pleine décentralisation.

Pour les jeunes, c'est une plaie : le timbre est nécessaire pour les actes de naissance, les inscriptions aux examens scolaires et aux concours publics. Ainsi, un timbre pour l'inscription au concours, mais aussi pour l'acte de naissance, la preuve de ci, de ça...

Vu la différence entre le coût de l'administration et les revenus locaux, est-il étonnant qu'il existe des trafics récurrents de faux timbres fiscaux ? Derniers épisodes dans le Nord du pays en octobre et un stock en provenance du Brésil avec comme avertissement aux acheteurs de ces faux que les inscriptions aux concours administratifs seront rejetées si elles les portent.

jeudi 13 octobre 2016

Entre postaux et fiscaux dans les Indes occidentales britanniques

Ce soir, jeudi treize octobre 2016, à l'heure londonienne du thé - pendant que Montpellier comatait sous des seaux entiers de pluie, ce qui m'a permis d'assister en direct à : - Michael Medlicott faisait découvrir une infime partie de sa collection fiscale des Indes occidentales britanniques aux membres de la Royal Philatelic Society London.

La conférence et l'exposition sur place était exceptionnelle au sens que M. Medlicott n'a jamais exposé en compétition, ni réalisé auparavant cet exercice conférencier.

Un droit de port d'arme établi en Guyane britannique, le treize septembre 1873 (collection Michael Medlicott, conférence RPSL du treize octobre 2016).
En partant de la Guyane britannique puis en suivant l'ordre alphabétique des Antilles britanniques, il raconte autant qu'il montre comment les autorités locales et les imprimeurs, majoritairement londoniens, ont créé ces timbres postaux à usage fiscal et ces timbres fiscaux qui, de droit, pouvaient servir sur le courrier - enfin, parfois pour les valeurs au-delà du shilling.

Outre la présentation rapide des îles, de leur relief et de leurs richesses économiques, l'histoire apparaît grâce à ses fiscaux : la multiplication de leur nécessité quand il fallut compenser la perte de revenus publics après l'abolition de l'esclavage et le déclin (temporaire) des plantations de canne à sucre.

Certains planteurs rebondirent grâce à la banane et au commerce vers les États-Unis. D'autres administrateurs de petites îles s'obligèrent à imposer toute forme d'écrit officiel et commercial pour tenir la colonne recettes de leur budget.
Le fantasme des philatélistes-postaux : des timbres-poste surchargés et coupés en deux... Il fallait chercher en philatélie fiscale de Saint Vincent (collection Michael Medlicott, conférence du treize octobre 2016).
Bien que loin des préoccupations des collectionneurs de timbres-poste, le propos de Michael Medlicott clôt l'Automne errinophile de Londres, marqué par le Premier Congrès mondial d'errinophilie le mois dernier mais aussi par des expositions et activités de la Société royale à destination de tous les publics possibles.

Medlicott se place à l'extrémité hautement spécialisée, exigeante et savante de cette saison et sa conférence mérite une réécoute attentive et exhaustive pour compléter tout ce que l'on pense savoir sur l'histoire philatélique et postale des Antilles britanniques de la seconde moitié du vingtième siècle.

Enfin, l'ouverture de la conclusion de Medlicott n'oublie pas de rappeler que si le philatéliste fait œuvre scientifique lors de l'accumulation, de l'étude du timbre, de son type, filigrane, etc... Quand il établit sa collection, il réécrit l'histoire de son usage, et de là, de la colonie qui l'a émis et des contribuables qui l'ont utilisé.

Des idées déjà soulignées par un spécialiste des Bermudes, finalement dignes d'un chef d'État.

Comme pour chaque conférence, le résumé au format pdf est disponible à tous les visiteurs du site de la RPSL. L'adresse de la vidéo youTube peut être gentiment demandé à son secrétariat.

dimanche 14 août 2016

Paris-Philex (8) : Guerres, conséquences et cartographie

Après colonisation et mondialisation, ce sont les Guerres mondiales et leurs conséquences qui ont intéressé les compétiteurs du championnat national à Paris-Philex, en mai 2016. Ici, je m'intéresserai principalement à deux collections sur les effets et conséquences de la Seconde Guerre mondiale, avant quelques commentaires de collections sur celle qui aurait dû être « la der des ders ».

Un cadre sur trois jours de l'histoire postale française en Allemagne occupée
Toujours dans les soucis monétaires de l'après-guerre, Alain Milone a trouvé un sujet qui ne peut tenir qu'en un cadre puisque l'épisode en question a duré trois jours, quatre avec l'exemple illustré en photographie ci-dessous.
Lettre du vingt-quatre juin 1948 : trop tard pour écouler le stock de timbres en « anciens pfennigs » (collection Alain Milone, Paris-Philex 2016).
Comme il est expliqué dans une longue introduction illustrée de pièces philatéliques et postales - car il faut bien justifier du cadre unique et... remplir ce cadre, les effets de la réforme monétaire allemande de 1948 en zone d'occupation française est un sujet qui débute le lundi vingt-et-un juin et se termine avec la dernière levée du mercredi vingt-trois !

Moins graves que le blocus de Berlin sur l'ordre de Staline qui s'oppose à l'unification monétaire des zones occidentales d'occupation, furent tout de même les aléas de la poste en Bade, Württemberg-Hohenzollern et Rhénanie-Palatinat (pas la Sarre, vieille envie d'annexion française, qui utilise le franc français).

Les timbres sont réémis le lundi pour correspondre à la nouvelle devise, le Mark. Mais, une tolérance est mise en place pendant trois journées : les anciens timbres peuvent être encore utilisés, seuls ou en complément des nouveaux timbres, à un dixième de leur valeur faciale.

D'où une collection plaisante et colorée de petits timbres de trois Länder avec calculs. Légende signalant une lettre commerciale pesante suraffranchie de timbres promis à la démonétisation le jeudi matin. Ou, comme ci-dessus, le postier isolant huit anciens timbres ce jeudi-là pour obliger l'expéditeur a acheté deux nouveaux timbres, les seuls désormais valables.

Grand argent et soixante-dix-huit points pour Alain Tirone, par ailleur le monsieur communication et informatique de la fédération depuis l'année dernière.

Comment traverser un océan en guerre ?
Suite à la mise en place des lignes aériennes d'Europe vers le reste du monde pendant l'entre-deux-guerres (relire l'article précédent), Patrice Trzeciak s'interroge sur la traversée de l'océan Atlantique pendant la Seconde Guerre mondiale : censures, routes à reconstituer au gré de l'évolution des événements militaires, notamment les déclarations de guerre qui s'étalent tout le long du conflit selon l'intérêt des États et des colonies. D'où le plan à la fois chronologique et par services.

Admirable est d'abord dans la présentation de M. Trzeciak est le respect des sources et du lecteur curieux : la première page comprendre une bibliographie. Mieux encore, la carte utilisée en page deux pour localiser les lignes évoquées voit son fond de carte correctement attribué.

En effet, dessiner une carte, en décalque à la main voire à l'ordinateur, est difficile, mais en trouver une dans un livre ou sur internet et ne pas en indiquer la provenance ! Cela donne, dans plusieurs collections écrites en français, des cartes en anglais, en allemand ou en polonais sans en expliquer la raison. Pour peu qu'un des jurés a été formé à la recherche, combien de petits points perdus en deux premières pages ?
De Curaçao pour le Royaume-Uni en remontant la FAM22 par les censeurs néerlandais locaux, britanniques à Trinidad et Tobago et états-uniens à New York (collection Patrice Trzeciak, Paris-Philex 2016).
J'ai gardé en mémoire les enveloppes des Caraïbes se cherchant un chemin vers l'Europe déchirée.

Évidemment en quelques mois, je regrette de ne pas avoir lu, photographié et pris abondance de notes sur cette collection : depuis mars, j'ai une curiosité pour l'Afrique de l'Ouest britannique, notamment les liaisons aériennes connectées à la FAM22 depuis Bathurst (l'actuelle Banjul, capitale de la Gambie). En effet, dès mes achats à Paris-Philex, sans le savoir, une lecture complète me serait grandement utilé aujourd'hui. La lecture de Cameo du West Africa Study Circle aidera sûrement.

Pour cette belle collection d'aérophilatélie, M. Trzeciak a reçu une médaille vermeil... Et là, je souhaiterai vraiment que se pose la question du commentaire sportif en philatélie compétitive.

Centenaire de la Grande Guerre : de multiples sources d'inspiration
Pour aller vite car les années 1930 à 1950 m'intéressent davantage que les pourtours ayant causé la Grande Guerre, il faut saluer l'inventivité et la créativité des collectionneurs de cette dernière.

Jean-Luc Flaccus et les postes des villes polonaises : les municipalités d'une Pologne dépecée entre ses voisins autrichiens, prussiens et russes ont été occupées par la puissance rivale ou isolées par les manœuvres des différents épisodes. Dix villes, des timbres et des cachets postaux parfois éphémères, souvent sommaires pour pallier à l'urgence, voire marquer une revendication future d'indépendance.

M. Flaccus est méritant de rendre intelligible le contexte à partir de sources en allemand et en polonais, même si la carte choisie aurait besoin d'une source et d'une légende, à défaut d'une version française : quelles sont les frontières internationales et intérieures allemandes, autrichiennes et russes si une légende ne présente pas les différentes lignes ?

Une médaille d'argent en philatélie traditionnelle sur un sujet où la recherche des courriers ne doit pas être facile.

Prix de la surprise pour moi et prix spécial du jury : Raymond Loëdec en histoire postale avec « La Guerre à l'Ouest 1914-1918. Les îles dans la tourmente » ou comment les îles du littoral atlantique, leurs garnisons et leurs habitants ont vécu la guerre.

Grand vermeil avec quatre-vingt-huit points, trois points de plus qu'au championnat de France de 2014, mais sept par rapport à 2015 et l'étrange score obtenu à l'exposition de Çannakale de mars 2015, lors du centenaire de la bataille des Dardanelles, en Turquie.

Un peu de fiscal et de hors les murs : l'Alsace
En conclusion, pourquoi les guerres mobilisent-elles autant les collectionneurs ?

Car les opérations même provoquent des actes postaux entre les militaires et de leurs familles (voir la collection d'Emmanuel Le Becque et la poste d'étapes allemandes dans le Valenciennois). Les occupations et annexions pendant et après le conflit crééent de nouveaux pays ou régions philatéliques, des changements politiques autant que monétaires et administratifs que les timbres et les courriers portent sur eux.

Et que dire si on commence à lire les courriers ou à rechercher qui étaient les expéditeurs et les destinataires...

En France, une région a vécu ces effets délétères des guerres : les départements d'Alsace-Lorraine.
Lors de l'exposition Frontières, deux affiches de propagande se répondent, la flèche de la cathédrale de Strasbourg en arrière-plan (affiches allemande de 1940 et française de 1945, collections du Musée de l'Armée Invalides, exposition temporaire au Palais de la Porte dorée, novembre 2015-juillet 2016).
Une des sous-parties de l'exposition Frontières au Palais de la Porte dorée, déjà évoquée en marge de ma visite de Paris-Philex, était consacrée à la frontière franco-allemande de 1870 à 1945, dont faisaient partie les deux affiches rassemblées sur le montage ci-dessus.

L'affiche initiale a servi à la propagande anti-française des autorités nazies, de retour en Alsace. Son auteur a raconté sa version des faits par écrit pour les différents dépôts d'archives alsaciens et finalement, au quotidien L'Alsace le sept mars 2015. Ou comment un devoir artistique devient la catastrophe d'une vie pour une famille. La réponse française est placardée en 1945.

À la porte de Versailles, c'est Edmond Andrau, spécialiste des colis postaux, qui illustre, en philatélie fiscale, l'un des changements de souveraineté en Alsace avec les « bulletins d'expéditions de colis postaux d'Alsace-Lorraine dans le régime intérieur » du quinze décembre 1918 au dix-neuf juin 1940, et comment le changement s'opèrent aussi rapidement que possible.

Une première présentation grand vermeil à qui je souhaite d'obtenir un or européen comme la précédente.

Post scriptum:
Question actuelle mais non urgente : toutes les guerres ont-elles droit à autant de postérité et de mémoire en philatélie ? Les révoltes des colonisés ? Les guerres civiles des pays où l'écrit postal est peu employé ? Les conflits actuels au temps d'internet ?

Prochain et dernier épisode : bilan de Paris-Philex.