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jeudi 22 octobre 2020

Tensions philatéliques et réseaux sociaux autour de l'Arménie

Les réseaux sociaux internétiques permettent de rassembler une communauté de pensée et de diffuser rapidement les informations nouvelles. Cela est un outil très intéressant pour suivre l'actualité d'un domaine...

...ou, pour un État ou un mouvement structuré, s'assurer que ses soutiens sachent se mobiliser contre un ennemi commun.

Deux exemples récents sont liés à la reprise des combats entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan, avec la Turquie en soutien de la seconde. Et, outre la reprise de la propagande de chacun des États par des particuliers et les échanges de politesse entre lesdits particuliers, la philatélie peut servir de théâtre d'opérations à ce conflit.

Ainsi, un record de trente-huit mille personnes (+53%) ont participé au vote du plus beau timbre Europa de 2020. Le podium est : 1. Turquie, 2. Arménie, 3. Azerbaïdjan... suivis par le Belarus et la Pologne.

...

Les marchands philatéliques occidentaux devraient se tourner vers le sud-est de l'Europe ! Quelle passion pour le timbre-poste et la correspondance écrite !

Ou quelles mobilisations nationalistes de peuples connectés aux réseaux sociaux ?

Cela signifierait que les pays en conflit depuis fin septembre mobilisent constamment leurs opinions publiques autour de réussites communes, y compris un concours de beauté philatélique.

...

Ou pire, et toujours avec des timbres.

Un marchand californien spécialisé dans les timbres récents d'Arménie, Stamps of Armenia, publie régulièrement un timbre ou une série sur Twitter avec un lien vers son site de vente. Pratique assez commune chez les vendeurs disposant de comptes sur les réseaux sociaux.

Depuis le début des combats de septembre, ses publications sont désormais centrées sur les timbres évoquant la défense du pays et le génocide arménien, ordonné par le gouvernement des « Jeunes Turcs » et commis de 1915 à 1923.

Un rappel peu apprécié par une entité administrative turque, le deux octobre dernier quand Stamps of Armenia a reproduit le feuillet commémorant les participants de l'opération Nemesis, émis en 2015. Au sortir de la Grande Guerre, des Arméniens décident d'exécuter eux-mêmes les condamnations à mort par contumace prononcées par les cours martiales ottomanes en 1919-1920, avec les massacres des Arméniens et des Grecs entre autres chefs d'accusations.

Un terrain moralement équivoque donc... surtout quand les autorités républicaines turques refusent de reconnaître ce génocide en tant qu'action volontaire et délibéré.

Le deux octobre 2020 sur le compte Twitter @KKTC_Posta.

La personne responsable du compte Twitter de ce qui ressemble à la poste de République turque de Chypre du Nord (qui possède le plus utilisé @KKTCPosta, le lien vers la page philatélique de la poste,...) n'y est pas allé par quatre chemins, quitte à oublier la notion de neutralité d'un compte d'entreprise* : « Un pays qui est fier de son histoire de terreur et d'assassins ! »

Onze assassinats illégaux d'un côté, dont huit « justifiés » par la décision des cours martiales ottomanes mis en face du plus d'un million de victimes du génocide arménien à venger...

Le même qui en appelle directement aux comptes des postes turque et azérie (qui n'ont pas répondu - l'avantage ou l'inconvénient de représenter un État reconnu ?) : souhait d'un soutien ou appel à émettre un timbre célébrant le génocide ?

Toujours le deux octobre 2020.

... En vérifiant : le twitt de colère contre le timbre sur l'opération Nemesis a été néanmoins apprécié par le compte de la poste azérie... À la guerre comme à la guerre : la poste participe à la nécessaire propagande contre l'ennemi.

Mais, de là à interpeller un simple collectionneur... Et oui ! L'entreprise chypriote septentrional est allé interpeller un simple collectionneur : comment peut-on aimer ce genre de timbres sur des terroristes et des assassins ! Et de la limite des notions de reprise (ici retwit) et d'appréciation (like).

Qu'on se rassure : cette guerre philatélique s'est limitée à ces tirs de semonce sans conséquence humaine. Au contraire des tirs de canons dans l'ouest de l'Azerbaïdjan, des attentats et violences policières dans plusieurs pays de la région.


* Tiens, il y a eu une mise à jour à Chypre...
Cet article de blog était en tête depuis début octobre et je pense que les échanges rapportés ont peut-être eu un effet entre l'internaute qui tient ce compte Twitter et la poste de Chypre Nord puisqu'est apparue cette phrase dans la présentation du compte :
Copie d'écran du vingt-deux octobre 2020.

Je serai la KKTC Posta Daiseri - la Direction des Postes de la RTCN, je demanderais à cet internaute de revoir beaucoup de choses, surtout le nom du compte : KKTC Posta est hautement trompeur...

* Tiens, il y a une évolution du compte Twitter chypriote septentrional :
En voyant passer l'annonce de l'émission de Chypre du Nord pour les Jeux olympiques et paralympiques, ce dimanche cinq septembre 2021, le compte Twitter @KKTC_Posta, évoqué ci-dessus, présente désormais des atours plus officiels.
En septembre 2021. On remarquera la nécessité pour le courrier international d'indiquer un code postal de Turquie pour joindre la boîte aux lettres du service philatélique demi-insulaire.

Il annonce uniquement les émissions de timbres et animations philatéliques de la poste de la République turque de Chypre Nord. Le message anti-Arménie d'octobre 2020 n'est plus accessible.

Transfert du compte d'un particulier à la poste du pays ? Choix d'un webmestre davantage conscient des enjeux d'une vitrine du pays ?

mercredi 7 février 2018

Nostalgie du centenaire ou uchronie de la Grande Guerre

La collision de nouvelles provoquent la nostalgie d'un vingtième siècle où les conflits n'auraient pas (tous) eu lieu grâce au meilleur comportement de quelques politiciens, notamment la Grande Guerre dont la dernière année du centenaire ne clora pas les centenaires des événements ayant continué à pousser l'Europe et son voisinage vers de nouveaux conflits à court et long termes.

Certes, l'historien Ian Kershaw a bien montré, avec Choix fatidiques (Fateful choices) pour la période 1940-1941, que l'Histoire est une avancée constante et inexorable des actions humaines conduisant les hommes à commettre la seule et catastrophique action qui leur paraît possible au moment donné, ayant annihilé toute autre possibilité acceptable au fur et à mesure.

Mais, pendant l'automne 2017, Fred Duval et Jean-Pierre Pécaud assistés de Fred Blanchard, les auteurs de l'anthologie dessinée uchronique Jour J ont osé réécrire l'histoire de la pacification et de la démocratisation sans guerre du Moyen-Orient de 2001 à nos jours. « Avril 2006 : Bagdad, première destination touristique du Proche-Orient », sous-titre provocateur du trente-et-unième tome de leur série.

Dans la trilogie du Prince des ténèbres, le surnom du personnage-clé, l'agent du FBI John O'Neill parvient à convaincre le gouvernement états-unien du danger d'Oussama Ben Laden et de son groupe... et d'éviter l'attentat du 11-Septembre dans lequel il est mort au premier jour de son nouvel emploi de chef de la sécurité du World Trade Center, à New York.
Le timbre du centenaire de la mort de l'empereur François-Joseph (merci Irene et Postcrossing).
Dans cet état d'esprit, recevoir une carte postale d'Autriche affranchie du timbre que la République autrichienne a consacré à l'empereur François-Joseph en 2016 suscite de doux et naïfs rêves d'une histoire moins sanglante...

... avec la voix de Frédéric Mitterrand dans son documentaire de 1997, Les Aigles foudroyés, dans lequel il contait comment le conflit initial austro-serbe emporta trois familles impériales sur fond des premiers films de familles.

Le vieil empereur - et sa cour - aurait-il écouté davantage François-Ferdinand son héritier marié en-dessous de son rang, l'Empire austro-hongrois aurait-il pu se transformer suffisamment pour survivre aux nationalismes, voire éviter l'annexion de la Bosnie et de l'Herzégovine ? Eûsse-t-il disparu plus tôt, François-Ferdinand ou son neveu Charles aurait-il pu réconcilier Autriche et Russie avant l'inévitable, voire négocier des paix séparées avec quelques-uns des belligérants ?

Vains questionnements intellectuels pour s'occuper l'esprit ou redécouvrir la complexité des belligérants à l'été 1914.

Car c'est un autre historien qui anime la réflexion - et dissipe les nuages du rêve : les douze leçons sur les crises d'Orient de 1914 et leurs conséquences d'Henry Laurens au Collège de France viennent d'être diffusées sur France Culture du vingt-deux janvier au six février.

Rien que la première inquiète sur la situation de 1914 avant même les coups de feu de Sarajevo : la mémoire nationale française fixée sur le front allemand est secouée par le rappel que les futurs fronts étaient partout à vif et prêts à engloutir empires, soldats et civils, également au sud-est du continent. Royaume-Uni tentant de rallier l'Empire ottoman, pourtant hostile à l'Empire russe, affaibli par les indépendances balkaniques et dont la nouvelle génération de gouvernants rêve de grandeur turque...

Je frémis de ce que les onze émissions suivantes vont me révéler sur les multiples grands et petits faits entre Europe et Asie qui ont conduit aux bains de sang, génocides, tensions, frontières disputées, attentats,... depuis.

mardi 28 juin 2016

Enquêtes, surprise et boîtes aux lettres dans le London Philatelist de juin

Les articles, proposés dans le numéro de juin 2016 du London Philatelist, pourraient constituer une excellente soirée canapé/télévision pour oublier les affres européens du Royaume-Uni ou l'ennui profond que m'inspire une compétition de football.

En avant-soirée : documentaire touristique à Gibraltar...
... comme sur arte à vingt heures en attendant le film.
Le Gibraltarien Richard Garcia, après un article conjoint sur la première série d'usage courant du Rocher du règne d'Elizabeth II en novembre 2015, propose une ballade le long de Main Street le long de laquelle le Royal Gibraltar Post Office a placé des boîtes aux lettres monogrammées, une par souverain depuis la Reine Victoria.
Bricolage sebphilatélien à partir des informations fournies par Richard Garcia (fond de carte et itinéraire Google Maps, ajout avec Paint.NET - un logiciel libre).
La principale avenue marchande de Gibraltar compte désormais six boîtes pour un gros kilomètre. La dernière de la série porte le monogramme d'Edward VIII et a été installée en octobre 2015.

Le parcours est assez touristique aller comme retour : d'Edward VII près d'un centre commercial / parking jusqu'à George VI devant le centre culturel du territoire, en passant par les commerces locaux, le bureau de poste principal, les batiments officiels, la cathédrale.

Vivement un voyage à Gibraltar...

D'autres publications de Garcia sont listées sur sa page LinkedIn.

Une bande-annonce
Au milieu de la revue de la Royal Philatelic Society London, quatre pages annonçant l'exposition internationale Stockholmia 2019 organisée pour célébrer les cent cinquante ans de la Société.

Le grand film de la soirée : le postier, le bush et les truands...
... souvenir de La Dernière Séance.
Quinze pages sur un sujet d'histoire postale, sociale et criminelle : les attaques de malles postales dans le bush australien au dix-neuvième siècle. Un véritable western à la John Wayne.

Auteur d'ouvrages récents sur les accidents subis par le courrier australien, Brian Peace raconte puis illustre de toutes les manières possibles la vague délinquante qu'a connu l'intérieur des colonies occidentales d'Australie des années 1840 à 1870 jusqu'à leur terme définitif au tout début des années 1900 - l'auteur déduisant que la sévérité accrue de la justice contre les criminels a mis fin à l'incroyable nombre d'affaires dans les années 1860 : plus de deux cents ! Plus de la moitié de toutes les attaques recensées.

L'article reproduit les trois seules lettres conservées portant une mention manuscrite expliquant leurs involontaires aventures, ainsi qu'une liste des lettres recommandées transportée avec le sac de courrier, qui, elle aussi, accompagna des bandits avant d'être retrouvée.

Les collectionneurs d'archives se tourneront vers les journaux officiels des colonies (Government Gazette), les quelques lettres témoignant de l'événement. Par exemple, cette lettre de 1864 entre deux maîtres des postes pour confirmer que la moitié de chèque amené par un destinataire est bien à payer ; le dit chèque avait disparu lors d'un vol, puis déchiré lors du tri des valeurs par les malfaiteurs.

Chacune des affaires concernées est racontée à partir des articles de presse et des récits dans les archives judiciaires. Prenant, surtout avec la figure de Paddy Tom, qui apparaît dans plusieurs coups réalisés par des bandes différentes dans des colonies différentes, et qui finit condamné à la pendaison pour meurtre le vingt mai 1865.

L'entracte.
Le temps d'une pause eskimo (chouchous, beignets ! sur les plages de France) résumé des conférences d'avril, annonce du nouvel ouvrage Guide to the Postal Stationery of Iraq par Clayton Rubec et Akhtem Al-Manaseer.

En amusement avant le deuxième film, Richard Wheatley se contente d'une seule enveloppe recommandée de 1970, de Leeds (Angleterre) pour les passagers d'un navire faisant escale à Punta Arenas, au sud du Chili : quatre Wildings et le timbre commémoratif Gandhi...

Les cinq comportent une variété présente au catalogue Stanley Gibbons !

Soir de vacances, encore envie d'un vieux film dans l'immensité classique...
... Le Cinéma de minuit ?
Restons dans les immensités à explorer et les enquêtes policières : la présence militaire britannique avec la révolte arabe dans l'Empire ottoman pendant la Grande Guerre à l'établissement du mandat britannique dans ce qui devient le Royaume d'Irak.

Barry Scott fait face à un mystère... Trente-trois en fait. Trente-trois enveloppes originaires de Mésopotamie du vingt-cinq mai 1920 au vingt-neuf novembre 1921 portent une marque rouge : un M et un numéro dans un cercle.

Trace de censure ? Tampon indiquant la franchise militaire pour les troupes britanniques ? Scott propose cette seconde solution par les archives pour la date de fin de censure d'une part, et en comparant des courriers civils et militaires par voie aérienne, d'autre part : un timbre-poste (ottoman surchargé) de moins et un coup de tampon de plus pour les seconds.


Il est minuit passé dans le sud de la France, le soleil est enfin couché et le courant d'air frais permet enfin d'aller dormir.


Complément du dimanche seize octobre 2016 :
Le dix octobre 2016, la poste de Gibraltar a émis cinq timbres sur les boîtes aux lettres, une par règne dont le souverain est apparu sur les timbres du territoire britannique. Néanmoins, l'auteur du blog Commonwealth Stamp Opinion avait du mal à voir qu'est-ce qui pouvait motiver le Bureau philatélique de Gibraltar.
L'émission des pillar boxes de Gibraltar du dix octobre 2016 (Bureau philatélique de Gibraltar).
À part les cinq cents (autoproclamés) du service postal britannique célébré par Royal Mail cette année, je lui ai signalé l'article de Richard Garcia évoqué ici sur l'installation par le Royal Gibraltar Post Office des six boîtes-piliers historiques sur Main Street.

Pour être sûr du lien entre cette installation et l'émission de timbres, j'ai pu obtenir une réponse de M. Garcia qui a contacté Aaron Enriles, un responsable du Bureau philatélique de Gibraltar, qui lie les deux. Sauf qu'en 2015 lors de la préparation du programme philatélique, le RGPO ne possédait pas de boîtes au monogramme d'Edward VIII et n'a envisagé que cinq timbres.

Faute de temps, il est envisagé pour 2019 une émission complémentaire pour représenter cette boîte installée près du Parlement du Territoire.

Merci à Robert Garcia et à Aaron Enriles pour leurs réponses.

vendredi 29 avril 2016

Correspondances balkaniques dans les magazines de mai

Après avoir écumé les confins des empires russes et austro-hongrois du dix-neuvième siècle des nationalités à la fin de la Première Guerre mondiale dans les numéros de février 2016, voilà que deux de mes magazines français et britanniques s'attaquent aux Balkans dans les numéros datés de mai : de Belgrade à Constanza aux marges d'un Empire ottoman déclinant en Europe, avec escales grecques.
La couverture rangée au cordeau du Stamp Magazine daté mai 2016.
Toujours à compulser leur calendrier universel des anniversaires, Stamp Magazine place en couverture l'article des cent cinquante ans du premier timbre-poste de Serbie.

John Winchester raconte la tumultueuse histoire de l'autonomie de la principauté de Serbie des insurrections de 1804 et 1817, à l'établissement d'un royaume indépendant d'Istanbul après deux guerres en 1876, et conclut l'article avec l'établissement de la Yougoslavie, le royaume des Slaves du Sud.

Tout en décrivant les timbres émis, leur genèse dans les grands ateliers de gravure d'Europe (Louis-Eugène Mouchon en guest star aux côtés de Wincenz Katzler de la Monnaie de Vienne, Carl von Radnitzky à Vienne, des Français C. Dumont et G. Tasset) de Vienne à Paris, en passant même par Berlin en 1890.

Surtout, le passage d'un souverain à un autre, d'une timbre à un autre, montre le conflit de deux familles pendant ce première siècle serbe : les Obrenovic d'un côté, les Karadjordjevic d'un autre. Quatre révolutions entre ces deux dynasties, en plus des deux soulèvements du début et les multiples conflits contre l'Empire ottoman, puis les voisins, eux aussi prenant leur indépendance, afin de définir des frontières nationales dans un espace multinational.

Un bon moyen de se rendre compte que venir au secours de la Serbie en 1914 était peut-être protéger un petit pays contre un gigantesque voisin - et régler des comptes entre six puissances mondiales, mais aussi une petite folie face à un État si remuant dans un environnement tendu et qui le restera longtemps. En 1934, le roi Alexandre Ier de Yougoslavie est assassiné à Marseille par un terroriste bulgare dont l'organisation visait à ce que les Bulgare contrôle la Macédoine et la Thrace - organisation que l'armée bulgare était en train de détruire après le coup d'État du printemps précédent.


Côté français, ce sont les deux dernières publications de Timbres magazine qui présentent l'histoire et la complexité géopolitique de cette région d'Europe à des moments et par des spécialités philatéliques qui la montre calme et suffisamment pacifiques pour permettre au courrier international de circuler l'Europe occidentale et centrale vers l'Empire ottoman.
La couverture du Timbres magazine de mai 2016 et ses (seulement) huit titres à la une (version bien verticale via www.trouverlapresse.com).
Côté magazine mensuel daté mai 2016, Laurent Veglio présente les options maritimes et terrestres qui se présentent à un expéditeur français du Second Empire pour sa lettre à destination de Constantinople.

À la fin des années 1850, une compagnie britannique propose au sultan la construction d'une voie ferrée entre le Danube et la mer Noire, au port de Constanza (Constanța en roumain et écrit à la française à partir du turc Kustendje). L'objectif postal est d'économiser de précieuses demi-journées de transport fluvial à travers la Dobroudja par le coude menant au delta du Danube, tout en s'éloignant géopolitiquement d'un Empire russe alors honni par une les puissances françaises et britanniques : voir la guerre de Crimée de 1853 à 1856.

Pendant six ans, à Vienne, la voie de terre permet soit de passer par Belgrade, alors à la frontière danubienne de l'Empire ottoman, puis d'employer les postes ottomanes, ou de continuer à descendre le Danube sur un bateau autrichien entre rive ottomane et rive vallache au nord (Valachie tout juste devenue l'embryon futur de la Roumanie par fusion avec la principauté de Moldavie... oïe, nous revoilà aux confins de l'Ukraine et du futur Empire soviétique) pour atteindre le nouveau barreau ferroviaire.

Un tableau de Laurent Veglio, à partir du calcul des temps de parcours et des jours de départ, démontre la pertinence de l'entreprise si la lettre pour la capitale ottomane ne rate pas le départ : de trois à quatre jours d'économiser par rapport à la voie balkanique et même les deux voies maritimes étudiées : par les Messageries impériales au départ de Marseille ou la Lloyd Austriaco par Trieste - au nord-est d'une Italie remuée par l'unification piémontaise.

À tel point, que la voie de Kustendje est concurrencée dès 1866 - merci « la bulle ferroviaire » de l'époque,par un barreau en Dobroudja méridionale, dans la future Bulgarie, entre Roussé (Routchouk en turc, presque au droit de Bucarest) et Varna, cent cinquante kilomètres environ au sud de Constanza.

Cet article prenant à lire est complété de notes infrapaginales et de ses sources, deux moyens pour que les lecteurs aillent d'eux-mêmes plus loin. Encore trop rarement présents dans les pages de Timbres magazine.
Couverture du second Dessous des timbres que Gauthier Toulemonde consacre à la présence française dans le monde.
Car c'est avec un dictionnaire historique ou les articles opportuns des Wikipédias (selon les sources de leur contenu, leur illustration, parfois liés à la langue des contributeurs) qu'il faut lire la longue liste des bureaux de poste français en Grèce de 1852 à 1914 dans le deuxième numéro hors-série Les Dessous des timbres en cours de commercialisation depuis mi-avril...

... pour expliciter les quelques remarques dispersées sur le pays où se trouvait la ville concernée au fil des conflits entre indépendantistes grecs ou bulgares et l'Empire ottoman.

Certes, l'article avait d'autres buts premiers, demandant déjà de la rédaction et des illustrations. Il constitue une étude de cas pour l'ensemble des bureaux français d'Europe et du Proche-Orient, comme le sont également les articles sur Fort Bayard en Chine du Sud et Yokohama au Japon : rappeler quels timbres de France furent imprimés ou surchargés pour ces bureaux lointains, quelles oblitérations gros chiffres recherchés avant ces timbres spécifiques. Et, enfin, quelle est la chronologie typique qui justifia l'ouverture de ces bureaux entre nécessité postale maritime et expression de la puissance dans des zones à influencer ou coloniser.

Un catalogue de cotations suffit pour débuter après la lecture de cet article.

En grattant internet, avant de se jeter sur une bibliothèque d'association ou organisation philatélique, on tombe assez rapidement sur le site de Robert Désert sur les « bureaux français de l'Empire ottoman (oblitérations sur timbres français, 1854-1902) », dernière mise à jour en 2004 et premier (et depuis le seul remis) Prix internet 2002 de l'Académie de philatélie. On y apprend qu'un bureau français fut ouvert de 1869 à 1879 à Kustendje, combien peu de timbres et d'enveloppes en sont restés.
Timbre émis par la Danube and Black Sea Railway pour le courrier transporté sur sa ligne (base d'images Commons de Wikimedia).
Parvenu au web anglophone, c'est un contributeur roumain du forum StampCommunity.org qui proposait en juin 2013 quelques éléments de l'histoire philatélique et postale de Kustensje : un timbre local est issu d'un accord entre la compagnie Danube and Black Sea Railway et une compagnie du port de Constanza. Il fut employé seul pour les correspondances entre les villes de la ligne ou en complément de timbres autrichiens (Levant ou Lombardie-Vénétie).

Les Balkans au temps des indépendances et des conflits nationaux, une région à creuser autant que l'Europe orientale dans l'après-Grande Guerre.