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mardi 21 avril 2026

Courrier aux militaires et technologies de localisation : embarras aux Pays-Bas

 Le jeudi seize avril 2026, les journalistes du média régional public Omroep Gelderland ont publié comment ils ont pu suivre l'emplacement d'une frégate de la Marine royale néerlandaise à la fin du mois de mars.


Les journalistes de Gueldre titrent avec provocation ce suivi d'un bâtiment de cinq cent millions d'euro avec cinq euros de gadgets : un traceur Bluetooth de base pour localiser objets égarés, une carte postale épaisse du genre à piles pour alimenter une puce musicale, deux timbres-poste, et le mode d'emploi du service postal des forces armées.

Une fois postée, la carte postale a suivi un chemin classique : centre de tri de l'opérateur national, une base navale, l'aéroport d'Eindhoven pour arriver en Crête.

Là, les journalistes ont pu confirmer l'arrivée de la carte à bord de la frégate grâce à la webcam publique du port d'Heraklion qui montre le navire à quai. Et son départ, le vingt-sept mars, correspond aux mouvements en mer du signal Bluetooth.

Environ vingt-quatre plus tard, probablement au tri ou à la réception du courrier, le signal du traceur n'est plus visible des journalistes. Sa dernière position est au large de Chypre, probablement à proximité du porte-avions français Charles de Gaulle et de sa flotte franco-européenne de soutien.

Porte-avions déjà victime des technologies connectées quand Le Monde a pu localiser un membre d'équipage faisant sa course à pied sur le pont en utilisant publiquement l'application pour smartphone Strava... et malgré l'alerte portée par l'Armée des États-Unis dont les bases, bien dissimulées sur les images satellites accessibles au public, ont pu être cartographiées par les courses, footing et jogging des troupes connectées, depuis quelques années.


Des experts en géopolitique et sécurité cyber s'inquiètent, dans le reportage néerlandais, des éléments immédiats : un courrier épais contenant une puce de géolocalisation a passé les mailles du contrôle postal militaire.

Ils sont aussi gênés par l'accès au grand public aux règlements sur les courriers entre familles et militaires sur le site du ministère de la Défense des Pays-Bas. Ce dernier répondant l'importance sur le moral de ce lien entre la nation et ses troupes. Se pose donc la question : faut-il limiter aux soldats et leur famille immédiate ce mode d'emploi ?

L'article évoque également une vidéo dans laquelle la poste militaire communique sur le traitement de sécurité du contenu des colis à destination des militaires... pouvant laisser comprendre que le courrier, lettres et cartes postales, n'est pas contrôlé par rayons X. D'où l'essai réussi des journalistes d'Omroep Gelderland.


En fin d'article, ceux-ci précisent qu'ils ne diffusent pas certaines informations précises et ont prévenu le ministère et les armées du résultat de leur enquête avant publication, leur laissant le temps de prendre des actions sur ce problème.

Ainsi, les cartes postales musicales et lumineuses à piles sont désormais interdites dans le courrier militaire des Pays-Bas.

mercredi 5 novembre 2025

Sidération en Grèce : fermeture subite de 45% des bureaux de poste

 Découvert grâce au forum du site d'échanges de timbres entre collectionneurs Le Marché du timbre, La Poste hellénique (ELTA) a annoncé le vendredi trente-et-un octobre 2025 la fermeture immédiate de deux cent quatre, soit quarante-cinq pout cent de ses bureaux de poste à travers tout le pays.

Dans le numéro du mardi quatre des Échos, leur correspondant Basile Dekonink témoigne d'un bureau du centre d'Athènes dès le lundi trois novembre au matin : matériel de déplacement du courrier vide, absence d'activité, un message scotché indiquant de ne pas utiliser les boîtes aux lettres.

À Pramanta, une municipalité du sud de l'Épire (1 700 habitants sur 69 000 km²), le journaliste raconte la surveillance menée par des habitants pour empêcher le déménagement du matériel.

Côté politique, l'association des communes de Grèce hurle à l'absence de communication et de préparation des élus, des commerces et des habitants à cette décision brutale. Pour les classes populaires urbaines, dans les communes de montagnes et des îles, la poste c'est aussi la banque, le centre de paiement des impôts et des taxes, et un point de reconnaissance des touristes.


L'article donne évidemment des statistiques connues des postes européennes : ELTA gère dix pout cent du courrier comparé à il y a dix ans. Les bureaux fermés constitueraient dix pour cent de son activité pour cinquante pour cent des coûts d'exploitation.

L'histoire économique et financière de la Grèce est connue comme point de départ en 2010 de la crise des dettes publiques de la zone euro, dans la foulée de la crise des prêts immobiliers pourris aux États-Unis en 2007-2008, les banques et fonds de placement ayant besoin de retrouver rapidement des liquidités face à des propriétaires états-uniens incapables de rembourser leur maison.

Quinze ans après les chocs économiques et sociaux subis par la population grecque, sous le regard méprisant d'une partie des dirigeants de l'Union européenne (Allemagne et France pas dans les derniers), La Poste hellénique a donc décidé de résorber son déficit annuel par une restructuration de ses bureaux.


Ce n'est pas la première fois que, face à la libéralisation du service postal, face au double langage des politiciens ou des consommateurs (incompétents caricaturés - indispensables pour les services et dans les zones peu rentables), les dirigeants d'un service postal historique décident de résoudre le problème d'eux-mêmes.

De la fin du service universel danois fin décembre 2025 à la privatisation totale de Royal Mail devenu une filiale d'un groupe logistique coté aux Pays-Bas, et la litanie pourrait continuer...

En France, quand les dirigeants auront dépassé les élections municipales et sénatoriales de 2026, voire compris comment légiférer et gouverner en régime parlementaire (avec un président moins royal), peut-être sera posé le périmètre du service universel, les obligations de La Poste, mais aussi en conséquence nécessaire celles de ses concurrents privés.


Compléments à venir : 

Le temps de lire quelques articles et de comprendre les enjeux, le plan de fermeture est stoppé, le président de ELTA a démissionné, les députés sont vent debout, mais le ministre grec de l'Économie a rappelé quelques réalités à ses collègues politiciens.

jeudi 7 août 2025

La mémoire des vétérans des Nations unies au Mémorial de la Paix de Busan (2 sur 3)

 Aux côtés des souvenirs militaires, évoqués dimanche dernier, le courrier et les timbres-poste participent des vitrines de la galerie, au Mémorial de la paix à Busan, en République de Corée, en hommage aux troupes des pays ayant participé à l'expédition des Nations unies de soutien à la Corée du Sud, entre 1950 et 1953.

Ces objets sont variés tout autant qu'ils jouent des rôles divers dans la reconstitution de la vie quotidienne de ces soldats et du souvenir que les événements ont laissé en Corée et au-delà.

Note : oui, les objets ici décrits ont été photographiés au smartphone à travers une vitre et l'éclairage du musée... On peut faire mieux en prise de clichés et en trouvailles collectionneuses.

Un entier postal recommandé utilisé par un militaire australien en 1956 pour jouer à la loterie, un quasi -monopole de Tattersall's, fondé par George Adams (Mémorial de la paix des Nations unies à Busan, juillet 2024 - merci à Ian Billings pour l'identification de la destination du pli). 

Ainsi, plusieurs objets sont similaires à ceux employés pendant l'expédition en Corée, mais pas forcément utilisés aux bonnes dates. Telle cette enveloppe-entier recommandé australien, utilisé par un soldat de ce pays pour une correspondance vers l'État de Victoria, en 1956, et transmise par la poste militaire.

Il faudra consulter des ressources spécialisées pour savoir si des troupes et l'APO 215 (Army Post Office) étaient encore en Corée cette année-là, ou si ce bureau gérait une zone d'Asie de l'Est plus stable, telle l'occupation du Japon.

Les timbres d'Inde surchargées pour servir au Corps expéditionnaires en Corée (Mémorial de la paix des Nations unies à Busan, juillet 2024).

Encore plus générique, la vitrine consacrée à l'Inde présente la série neuve de timbres-poste indien, surchargés pour servir à la poste militaire en Corée.

Trois enveloppes et trois lettres de courrier militaire grec de la guerre de Corée (Mémorial de la paix des Nations unies à Busan, juillet 2024).

Plus marquantes sont donc ces trois enveloppes en franchise militaire et trois lettres manuscrites liées à des soldats grecs en Corée, en 1952 d'après les cachets oblitérants.

Les hellénistes liront les numéros des bureaux de poste militaire et déchiffreront le contenu de ces courriers, s'ils vont de la Corée vers la mère-patrie, à peine sortie de l'occupation nazie et de la guerre civile avec les communistes.

Affiche dans l'entrée du Mémorial appelant aux dons des souvenirs des vétérans de la guerre de Corée.

Ce manque d'objets postaux directement lié à des individus et leur petite histoire, ainsi que la disparition progressive des vétérans, est illustré par le lancement en 2023 d'un appel aux dons de leurs souvenirs par les vétérans de la guerre de Corée, ou leurs familles.

L'affiche dans l'entrée du Mémorial montre un ensemble de memorabilia qui rappellera aux Français la Grande Collecte du centenaire de la Première Guerre mondiale, juste avant 2014.


Ensuite la pure philatélie vient à la rescousse de la mémoire.

Carte postale de l'arrivée des troupes belges en Corée, oblitérée lors d'une exposition philatélique, le quatorze avril 1951 (Mémorial de la paix des Nations unies à Busan, juillet 2024).

Des soldats belges, tout juste débarqués en Corée, illustrent une carte postale utilisée comme souvenir lors d'une exposition philatélique à Woluwe (soit dans Bruxelles, soit en Brabant flamand).

L'item montre le lien entre les troupes et la population au pays si un collectionneur belge a des informations sur cette exposition.

Enveloppe premier jour de l'émission Volontaires de Corée du vingt-cinq septembre 1952 (Mémorial de la paix des Nations unies à Busan, juillet 2024). 

C'est par l'émission de 1952 que les soldats tucs volontaires sont, entre autres, honorés dans la vitrine de la Turquie : quatre timbres sur une enveloppe premier jour.

L'illustration de celle-ci est claire : autour d'une carte de la péninsule coréenne, des soldats mitraillent et mettent ainsi en fuite des soldats vers la République populaire de Chine, pendant que le drapeau turc est levé à la frontière entre la Corée et la Chine au nord.

Ceci était fort optimiste alors que le front s'était stabilisé depuis 1951 à la frontière actuelle.

Timbres de Colombie de 1954 célébrant les forces armées colombiennes... pour un coup d'État (Mémorial de la paix des Nations unies à Busan, juillet 2024).

Cependant, tout ce qui brille n'étant pas d'or, il y a quelques surprises à utiliser les si commodes timbres-poste.

En Colombie d'abord, ces deux blocs de timbres colombiens, nation participant à la Force des Nations unies en Corée, honorent les Forces armées colombiennes pour l'anniversaire du treize juin 1953, un an après l'armistice de Panm...

...

Euh, l'anniversaire d'un coup d'État militaire à Bogota, un mois avant l'armistice inter-coréen.

J'imagine qu'un Coréen, un Chinois, un Cambodgien aurait aussi des choses à redire sur les expositions d'arts asiatiques en Europe.

Le drapeau de l'empire d'Éthiopie et les timbres coréens de 1951 remerciant les pays venus à son secours (Mémorial de la paix des Nations unies à Busan, juillet 2024).

Deuxième surprise : l'Éthiopie, un peu comme le badge dans la vitrine de la Turquie ou de la Colombie, fait partie des pays où j'imagine que la vitrine a été difficile à créer : quelle mémoire des vétérans de la Corée dans ces pays depuis bousculés par les événements politiques, économiques et sociaux ?

D'où un effort pédagogique de rappeler déjà que c'est l'Empire d'Éthiopie qui a répondu à l'appel du Conseil de sécurité des Nations unies : rappel du drapeau de l'époque imprimé sur carton et avec les timbres de 1951 que la poste coréenne a émis pour chaque pays participant à l'expédition.

Timbre de Corée du Sud de 1968 : visite de l'empereur Haïlé Sélassié auprès du président Park Chung-hee (Mémorial de la paix des Nations unies à Busan, juillet 2024).  

Un timbre-feuillet de 1968 rappelle ce lien entre Corée et Éthiopie : la visite de l'empereur Haïlé Sélassié en Corée du Sud, alors présidée par Park Chung-hee.

Le planisphère choisi est éloquent : centré sur l'océan Indien, il relit la péninsule coréenne à l'Éthiopie par une branche des lauriers de la paix, de couleur verte (ni bleu, ni rouge... en ces temps de guerre Froide).

Lors de cette visite, l'empereur est ainsi le huitième non coréen et le premier africain à recevoir le grand ordre de Mugunghwa, remis de 1949 à 2008 aux présidents sud-coréens en début d'exercice, qui peuvent en décorer les chefs d'État alliés du pays.


Grand ordre dont le premier étranger à le recevoir fut le président de la République fédérale d'Allemagne en 1964... 

Ah ? Pas Truman, ni Eisenhower, présidents des États-Unis d'Amérique pendant le conflit ?

L'Allemagne, l'ancien allié du Japon impérialiste ?

...

Pourquoi ? Réponse partielle au prochain épisode sur le Mémorial de la paix des Nations unies, à Busan.

jeudi 11 mai 2017

Timbres micro-philippin et giga-russe

Entre vacances de proches et Postcrossing, ce début du printemps a permis une rencontre philatélique du plus petit et du plus grand dans ma boîte aux lettres.
Timbre des Philippines fait de bric et de brac avec oblitération allant à l'essentiel. Merci à Pascale.
Ainsi, une amie de ma mère a passé des vacances méritées sur l'île de Bohol, aux Philippines. Outre les primates tarsiers (illustration de la carte), elle a découvert comment poster du courrier à l'office du tourisme qui lui a vendu un timbre de 2015 représentant la poste centrale de Manille.

Et point de gaspillage : deux centimètres et demi sur deux virgule deux, informations répartis sur six étages pour promouvoir la marque et les services de PHLPost, nom depuis 2012 de l'opérateur postal historique.

L'oblitération est du même style : trois lignes horizontales pour le lieu du bureau, la province, et la mention de poste aérienne... Pas de date. Est-ce l'oblitération habituelle aux Philippines ?
Grande peinture de 1997 du monastère russe au Mont Athos, enclave autonome orthodoxe du nord de la Grèce. Merci à Olga.
Tout l'opposé de l'affranchissement de la carte envoyée, le vingt-huit mars dernier, par la Postcrosseuse Olga de Novgorod : un carré de cinq centimètres de côté, multicolore dans un cadre façon bronze, émis en 2016 pour le millénaire de la présence russe au Mont Athos.

Entièrement en cyrillique, sauf un Russia en bas à droite, la peinture de Dmitri Anatolyevich Belyukin représente Saint-Panteleimon, le monastère « russe » du Mont Athos, une entité politico-religieuse autonome au sein de la République hellénique. Il fut fondée par des moines d'origine russe - au sens du onzième siècle, même si, de nos jours, il est peuplé de moines de nationalité grecque et relevant de Constantinople.

Sur le peintre, il est un Peintre du peuple de la Fédération de Russie, titre honorifique créé en 1995, et ses œuvres ont déjà connu le programme philatélique russe. Un grand timbre à l'échelle des détails et des couleurs lumineuses : les bleus du ciel et de la mer auraient fait excellente impression sur le timbre un peu terne Vue de village de Frédéric Bazille, émis en France en février.

Je remercie vraiment Olga d'avoir pris la peine de trouver un thème monuments historiques à sa carte, en sachant que le timbre d'usage courant de quatre roubles assure l'essentiel du port, avec sa dimension plus raisonnable.

jeudi 14 juillet 2016

Paris-Philex (7) : la philatélie, une histoire des empires et de la mondialisation ?

Les deux, mon commandant !

Une passion issue du dix-neuvième siècle européen.
Le collectionneur, le philatéliste, l'historien postal ou le curieux du contexte de tout cela lira avec attention le numéro d'été du mensuel français L'Histoire - dont le site web a changé d'adresse, intitulé XIXe siècle. Le monde est à nous ! La mondialisation à l'européenne.
Couverture du numéro été 2016 de L'Histoire en vente en kiosque jusque fin août (site de L'Histoire).
Le lecteur notera toutes les images d'Européens inventifs et ingénieux, pionniers même, et d'indigènes de tous les autres continents travaillant au profit exclusif des entreprises et des États européens et des colonies de peuplement établis par l'une des plus grandes dispersions de migrants de l'histoire humaine. Plus de cinquante millions vers les Amériques... Ça relativise bien des circulations récentes.

Le philatéliste fiscal notera un timbre fiscal états-unien sur une action de 1864 de la Keystone Zinc Company de Philadelphie, page cent quatorze dans un article sur « Comment la City [londonienne] a propulsé New York »... Les débuts de la mondialisation financière.

Pour ceux qui aiment remettre en cause leurs préjugés sur les personnages historiques ou les grands actes humains, ce même numéro interroge Louis XIV et sa puissance : son règne fut-il celui où le roi absolu contrôla la noblesse ? Ou obligé de veiller constamment sur les finances du royaume et sur une noblesse frondeuse à Versailles, par les arts et les (nombreuses) guerres, fut-ce celle-ci qui contrôla le devenir de la France, le roi ne faisant que suivre ?

Le numéro des Collections de L'Histoire de l'été est aussi décapant : la famille depuis les mythes bibliques jusqu'à nos jours, de la gestation pour autrui à Rome à l'hypothèse que la filiation constitue davantage les familles que le mariage.

Quel rapport entre cette lecture impériale et mondialisée du monde et Paris-Philex ?

L'histoire postale de la conquête européenne du monde : le cas aérien de l'Afrique.
Arrivé à ce septième article sur le championnat de France de philatélie de 2016, il reste encore à aborder l'aérophilatélie et plusieurs collections montrant les liaisons postales internationales tous azimuts au cours de la première moitié du vingtième siècle, quant les puissances coloniales croyaient en leur apogée durable.

Deux compétiteurs illustrent magnifiquement cela à travers l'établissement des compagnies aériennes à travers le continent africain : René Maréchal avec l'Imperial Airways vers l'Afrique du Sud (1925-1937) et Daniel Blanquerin avec Air Afrique vers Madagascar (1925-1939).
Les premières pages des collections de M. Maréchal (gauche) et de M. Blanquerin (droite) à Paris-Philex 2016.
La confrontation de leur première page respective permet de constater la diversité des approches et des présentations... La carte de M. Blanquerin permet de constater que le continent africain est maillé par les liaisons aériennes mises en place pendant l'entre-deux-guerres, mais aussi la concurrence entre les compagnies.

L'Imperial Airways, britannique, oblique fortement vers le sud-est de l'Europe pour connecter toutes les colonies britanniques depuis l'Égypte sous influence jusqu'au Dominion sud-africain. Air Afrique ou Transafricaine en 1928, après fusion de plusieurs lignes, établit un pont entre les colonies françaises d'Afrique et Madagascar.

Deux textes d'introduction et un plan qui suit une logique d'établissement progressif des lignes, chronologiquement plus marqué chez Blanquerin, plus géographique pour Maréchal. Bonus pour le premier : une bibliographie [présenter une bibliographie par contre...].

Au bilan des juges : quel empire bénéficiait des meilleures liaisons aériennes impériales ? Aucune idée. Grand vermeil pour la collection Air Afrique et deux points devant et prenant quatre points en quatre ans, médaille d'or et meilleure collection d'aérphilatélie pour Imperial Airways.

Pourquoi pas de photographies d'enveloppes ? J'en ai pas... Un peu fatigué en fin de parcours. Pourquoi placer l'aérophilatélie si loin dans l'exposition, après polaire et ouverte, et pas aux côtés de l'histoire postale ?

Une conquête créant des connections mondialisées alors surprenantes.
Pour l'histoire postale, économique et sociale, l'impérialisme des puissances européennes, le profitisme des grandes compagnies occidentales selon la grille de lecture ou la dispersion de migrants européens connectent des territoires aussi inattendus que les exemples que je vais piocher dans quelques collections.
Enveloppe oblitérée à Jérusalem, mandat britannique de Palestine, le vingt-neuf juillet 1940 pour Hanoï en Indochine française (collection Christian Abravanel, Paris-Philex 2016).
Un courrier entre une banque de France métropole et la Banque de l'Indochine à Hanoï, logique. Sûrement moins fréquent mais envisageable avec une banque d'une autre colonie française.

Mais, entre une banque de Jérusalem et celle de l'Indochine ?! Cette enveloppe est présentée par Christian Abravanel, webmestre du site du Cercle français philatélique d'Israël, dans Les échanges postaux entre civils en provenance et à destination de la Palestine entre 1938 et 1945, sur laquelle je reviendrai dans le prochain article sur Paris-Philex.

Sous l'enveloppe, il propose un planisphère des principales voies aériennes et maritimes intercontinentales encore disponibles à ce moment de la guerre où le Royaume-Uni est seul face à l'Axe.
Lettre de Kerguelen vers Le Havre, acheminée à Point Natal par un navire ravitailleur norvégien en mars 1912 (collection Alexis Cottineau, Paris-Philex 2016).
Changement de climat et d'époque : dans une collection d'« oblitérations maritimes sur Semeuse (1903-1941) », Alexis Cottineau de l'Amicale philatélique Nostradamus de Salon-en-Provence atteint les recoins du monde de 1912 avec cette enveloppe partie de Kerguelen, acheminée par un navire ravitailleur d'un compagnie baleinière (colonisation, mondialisation et environnement) vers l'Afrique du Sud pour une remise dans les circuits postaux maritimes. En trois semaines, elle est arrivée à destination au Havre.

Mais un « monde européen » éphémère voire pas conformes aux préjugés coloniaux.
En se plaçant dans l'entre-deux-guerres, la majorité des collections se situe déjà à la fin de ces empires coloniaux : à entendre clamer qu'ils sont envahis pour être « civilisés », des indigènes qui ont suivi le chemin de la « civilisation » réclament les droits qui vont avec les nombreux devoirs qu'ils leur ont été imposés, non sans violence.
Lettre portant une Marianne de Decaris illégalement surchargée « Algérie française 23 avril 1961 » (collection Égon Habé, Paris-Philex 2016).
Bien évidemment, la collection grand vermeil de l'Alsacien Égon Habé illustre ce thème de la fin des empires avec, en philatélie moderne, « la Marianne de Decaris surchargée EA » par les autorités algériennes indépendantes entre juillet 1962 et janvier 1963.

En amont, il présente des surcharges des partisans de l'« Algérie française » (mais était-il pour l'application de toutes les valeurs de la République à toute la population ?) dans le contexte du Putsch des généraux d'avril 1961 ou des actions de l'Organisation de l'armée secrète à destination des élus de métropole.

Comment les empires coloniaux ont-ils pu finir si mal ? Exploitation contre « civilisation », racisme contre valeurs, etc. Sûrement aussi préjugés et complexe de supériorité face aux cultures indigènes jugées si pittoresques... Soupir.
Lettre de Rhodes italienne pour Téhéran en mai 1933 (collection René Maréchal, Paris-Philex 2016).
Merci à René Maréchal de fournir un formidable document de la diversité humaine, dans la seconde collection qu'il présentait, « La poste aérienne en mer Égée (1929-1947) ». Pourquoi cette zone si précise ? Elle est une escale possible sur la route entre l'Europe et le Proche-Orient - un autre courrier montre les liaisons aériennes entre pays baltes et Pologne d'une part, et la Palestine d'autre part via la mer Égée.

Ensuite, car Rhodes et les autres îles du Dodécanèse sont sous contrôle italien, alors que Mussolini veut faire de l'Italie une grande puissance, ce qui passe par l'aviation sur le modèle impérial britannique et français (voir plus haut).

Maintenant, suivons grâce à M. Maréchal cette enveloppe dont le verso timbré était présenté au visiteur de Paris-Philex et le scan du recto en-dessous. Elle est expédiée de Rhodes par un dénommé Albert Israel le onze mai 1933. Elle est déposée le lendemain à Athènes (oblitération à gauche des timbres) par Aero Espresso Italiana. Quatre jours après, Imperial Airways l'emporte d'escale en escale jusqu'à Bagdad (oblitération à droite des timbres). Là, c'est une compagnie allemande, Junkers Luftverkehr Persien, l'amène à Téhéran le vingt-et-un.

Adresse transcrite en farsi et lettre parvenue à David Israël à l'École Alliance israélite universelle, institution internationale créée en France en 1860 - fondation commémorée en France par un timbre en 2010. Le courrier passe donc, d'entreprises concurrentes en entreprises, et dont les pays d'origine sont difficilement amis selon les paires constituées ; pour permettre la correspondance entre deux personnes de confession juive, dont une vivait dans un pays à majorité chiite qui, même devenu République islamique en 1979, assure une représentation politique minimale même si avec suspicion.

L'article de Wikipédia signale comment l'Alliance israélite universelle ouvrit des écoles avec le soutien des autorités perses au tournant du vingtième siècle et qui connurent une certaine popularité auprès des élites musulmanes... Peut-être car elles furent davantage françaises au départ qu'israélites et persanes par la suite ?

Une diversité postale pour une histoire de rencontres humaines variées, au-delà des intérêts géopolitiques ou commerciaux. Très beau souvenir qu'est cette enveloppe dans une collection grand vermeil et prix spécial du jury qui rejoint le long palmarès aérophilatélique de M. Maréchal depuis 1995.

À suivre...
Encore un article sur les collections de Paris-Philex : comment la Seconde Guerre mondiale inspire les collectionneurs.

vendredi 29 avril 2016

Correspondances balkaniques dans les magazines de mai

Après avoir écumé les confins des empires russes et austro-hongrois du dix-neuvième siècle des nationalités à la fin de la Première Guerre mondiale dans les numéros de février 2016, voilà que deux de mes magazines français et britanniques s'attaquent aux Balkans dans les numéros datés de mai : de Belgrade à Constanza aux marges d'un Empire ottoman déclinant en Europe, avec escales grecques.
La couverture rangée au cordeau du Stamp Magazine daté mai 2016.
Toujours à compulser leur calendrier universel des anniversaires, Stamp Magazine place en couverture l'article des cent cinquante ans du premier timbre-poste de Serbie.

John Winchester raconte la tumultueuse histoire de l'autonomie de la principauté de Serbie des insurrections de 1804 et 1817, à l'établissement d'un royaume indépendant d'Istanbul après deux guerres en 1876, et conclut l'article avec l'établissement de la Yougoslavie, le royaume des Slaves du Sud.

Tout en décrivant les timbres émis, leur genèse dans les grands ateliers de gravure d'Europe (Louis-Eugène Mouchon en guest star aux côtés de Wincenz Katzler de la Monnaie de Vienne, Carl von Radnitzky à Vienne, des Français C. Dumont et G. Tasset) de Vienne à Paris, en passant même par Berlin en 1890.

Surtout, le passage d'un souverain à un autre, d'une timbre à un autre, montre le conflit de deux familles pendant ce première siècle serbe : les Obrenovic d'un côté, les Karadjordjevic d'un autre. Quatre révolutions entre ces deux dynasties, en plus des deux soulèvements du début et les multiples conflits contre l'Empire ottoman, puis les voisins, eux aussi prenant leur indépendance, afin de définir des frontières nationales dans un espace multinational.

Un bon moyen de se rendre compte que venir au secours de la Serbie en 1914 était peut-être protéger un petit pays contre un gigantesque voisin - et régler des comptes entre six puissances mondiales, mais aussi une petite folie face à un État si remuant dans un environnement tendu et qui le restera longtemps. En 1934, le roi Alexandre Ier de Yougoslavie est assassiné à Marseille par un terroriste bulgare dont l'organisation visait à ce que les Bulgare contrôle la Macédoine et la Thrace - organisation que l'armée bulgare était en train de détruire après le coup d'État du printemps précédent.


Côté français, ce sont les deux dernières publications de Timbres magazine qui présentent l'histoire et la complexité géopolitique de cette région d'Europe à des moments et par des spécialités philatéliques qui la montre calme et suffisamment pacifiques pour permettre au courrier international de circuler l'Europe occidentale et centrale vers l'Empire ottoman.
La couverture du Timbres magazine de mai 2016 et ses (seulement) huit titres à la une (version bien verticale via www.trouverlapresse.com).
Côté magazine mensuel daté mai 2016, Laurent Veglio présente les options maritimes et terrestres qui se présentent à un expéditeur français du Second Empire pour sa lettre à destination de Constantinople.

À la fin des années 1850, une compagnie britannique propose au sultan la construction d'une voie ferrée entre le Danube et la mer Noire, au port de Constanza (Constanța en roumain et écrit à la française à partir du turc Kustendje). L'objectif postal est d'économiser de précieuses demi-journées de transport fluvial à travers la Dobroudja par le coude menant au delta du Danube, tout en s'éloignant géopolitiquement d'un Empire russe alors honni par une les puissances françaises et britanniques : voir la guerre de Crimée de 1853 à 1856.

Pendant six ans, à Vienne, la voie de terre permet soit de passer par Belgrade, alors à la frontière danubienne de l'Empire ottoman, puis d'employer les postes ottomanes, ou de continuer à descendre le Danube sur un bateau autrichien entre rive ottomane et rive vallache au nord (Valachie tout juste devenue l'embryon futur de la Roumanie par fusion avec la principauté de Moldavie... oïe, nous revoilà aux confins de l'Ukraine et du futur Empire soviétique) pour atteindre le nouveau barreau ferroviaire.

Un tableau de Laurent Veglio, à partir du calcul des temps de parcours et des jours de départ, démontre la pertinence de l'entreprise si la lettre pour la capitale ottomane ne rate pas le départ : de trois à quatre jours d'économiser par rapport à la voie balkanique et même les deux voies maritimes étudiées : par les Messageries impériales au départ de Marseille ou la Lloyd Austriaco par Trieste - au nord-est d'une Italie remuée par l'unification piémontaise.

À tel point, que la voie de Kustendje est concurrencée dès 1866 - merci « la bulle ferroviaire » de l'époque,par un barreau en Dobroudja méridionale, dans la future Bulgarie, entre Roussé (Routchouk en turc, presque au droit de Bucarest) et Varna, cent cinquante kilomètres environ au sud de Constanza.

Cet article prenant à lire est complété de notes infrapaginales et de ses sources, deux moyens pour que les lecteurs aillent d'eux-mêmes plus loin. Encore trop rarement présents dans les pages de Timbres magazine.
Couverture du second Dessous des timbres que Gauthier Toulemonde consacre à la présence française dans le monde.
Car c'est avec un dictionnaire historique ou les articles opportuns des Wikipédias (selon les sources de leur contenu, leur illustration, parfois liés à la langue des contributeurs) qu'il faut lire la longue liste des bureaux de poste français en Grèce de 1852 à 1914 dans le deuxième numéro hors-série Les Dessous des timbres en cours de commercialisation depuis mi-avril...

... pour expliciter les quelques remarques dispersées sur le pays où se trouvait la ville concernée au fil des conflits entre indépendantistes grecs ou bulgares et l'Empire ottoman.

Certes, l'article avait d'autres buts premiers, demandant déjà de la rédaction et des illustrations. Il constitue une étude de cas pour l'ensemble des bureaux français d'Europe et du Proche-Orient, comme le sont également les articles sur Fort Bayard en Chine du Sud et Yokohama au Japon : rappeler quels timbres de France furent imprimés ou surchargés pour ces bureaux lointains, quelles oblitérations gros chiffres recherchés avant ces timbres spécifiques. Et, enfin, quelle est la chronologie typique qui justifia l'ouverture de ces bureaux entre nécessité postale maritime et expression de la puissance dans des zones à influencer ou coloniser.

Un catalogue de cotations suffit pour débuter après la lecture de cet article.

En grattant internet, avant de se jeter sur une bibliothèque d'association ou organisation philatélique, on tombe assez rapidement sur le site de Robert Désert sur les « bureaux français de l'Empire ottoman (oblitérations sur timbres français, 1854-1902) », dernière mise à jour en 2004 et premier (et depuis le seul remis) Prix internet 2002 de l'Académie de philatélie. On y apprend qu'un bureau français fut ouvert de 1869 à 1879 à Kustendje, combien peu de timbres et d'enveloppes en sont restés.
Timbre émis par la Danube and Black Sea Railway pour le courrier transporté sur sa ligne (base d'images Commons de Wikimedia).
Parvenu au web anglophone, c'est un contributeur roumain du forum StampCommunity.org qui proposait en juin 2013 quelques éléments de l'histoire philatélique et postale de Kustensje : un timbre local est issu d'un accord entre la compagnie Danube and Black Sea Railway et une compagnie du port de Constanza. Il fut employé seul pour les correspondances entre les villes de la ligne ou en complément de timbres autrichiens (Levant ou Lombardie-Vénétie).

Les Balkans au temps des indépendances et des conflits nationaux, une région à creuser autant que l'Europe orientale dans l'après-Grande Guerre.

dimanche 7 décembre 2014

Des territoires impénétrables ou presque sur France Culture

Quand il n'y a pas assez de temps pour philatélier autrement qu'en lisant les abonnements mensuels britanniques, on se cultive les oreilles pendant les divers trajets qui parsèment la vie de homo urbanicus : en allant travailler, faire les courses, etc.
Image-totem de l'émission CulturesMonde (site de France Culture).

Magie de la modernité : nul besoin d'être disponible pour écouter une émission de radio lors de sa première diffusion. Podcast propriétaire ou capture à travers de multiples logiciels externes ou internes au navigateur internet.

Ainsi, cette semaine de trajets professionnels nocturnes (vivement que le solstice soit dépassé), écoute des quatre émissions sur les « territoire impénétrable » de CulturesMonde, diffusé à onze heures du dix au treize novembre 2014 par France Culture.

Et les philatélistes apprécieront certains thèmes et témoins.

Le lundi : les « royaumes ermites » avec les exemples des dictatures fermées de Corée du Nord et de l'Érythrée. Et dont pourtant, au moins pour la première, les timbres-poste se diffusent en masse.

Mardi : « Quand les frontières s'entrouvent » en Birmanie et en Iran, l'une en cours de démocratisation, l'autre une démocratie qui dépayse l'occidental sécularisé. Du courrier en perspective ou les nouvelles technologies sont-elles déjà trop présentes ?

Mercredi : « Terres saintes, entrée interdite » avec la gestion des flux humains à La Mecque et Jérusalem, mais aussi le territoire religieux, machiste et émetteurs de timbre-poste qu'est le mont Athos en (dehors de la) Grèce.

Enfin jeudi, deux témoins de territoires très difficiles d'accès, autant par les moyens et distances que par les autorisations nécessaires : l'océanographe Paul Tréguer évoque la conquête de l'Antarctique depuis la course au pôle Sud jusqu'à l'invasion des touristes... Mise en perspective des articles du reporter Pierre Jullien sur sa croisière des Terres australes françaises en seize épisodes répartis entre novembre et décembre 2014... et du débat d'il y a un an sur le tourisme antarctique quand un navire russe en perdition avait retardé plusieurs missions scientifiques.

Doublement mise en perspective par le témoignage de Clarence Boulay qui a passé une année entière à Tristan da Cunha, territoire d'un outre-mer très isolé du Royaume-Uni. Aventure scientifique et sociale, où la vente de timbres-poste n'a pas encore détroné la pêche et est concurrencée par les escales de paquebots pendant l'été austral.

L'émission se termine à la base Concordia où la glaciologue Albane Barbero a passé l'année 2013 et dont elle a nourri un blog.

mardi 2 novembre 2010

Historien postal contemporain, colis et terrorisme

Le colis international est devenu une nouvelle arme de terreur ce week-end avec les révélations que deux explosifs ont pu être embarqués dans des avions de deux compagnies différentes depuis le Yémen.

Les amateurs de poste aérienne et du système actuel d'expédition des colis vont-ils devoir être moins curieux ou, en tout cas, moins partageurs de leurs connaissances ?

En effet, la question peut se poser quand le gouvernement états-unien annonce qu'il avait découvert un essai du même groupe en septembre dernier, visant à exploiter la fonction de suivi du colis pour programmer au plus juste l'heure de l'explosion.

Comment débusquer le colis suspect au milieu des tonnes qui parcourent le monde chaque jour ? Certainement un logiciel de tri informatique qui va révéler des coïncidences statistiques destination/expédition pour lesquels il faut vérifier que le hasard est bien la seule explication.


Côté grec, où se sont des lieux de pouvoirs politiques qui sont visés, l'ancienne crainte des gouvernements européens parvient à exécution : qu'une jeunesse grecque décide de faire comprendre par la force son rejet des événements économiques et politiques... et qu'elle soit imitée en ce sens par les autres jeunesses européennes.

Je remarque néanmoins que les personnels des entreprises concernées sont bien formés et ont de bons réflexes pour repérer et s'éloigner des colis suspects.


En espérant que nous n'aurons pas à recevoir de courrier nous signifiant la perte d'un de nos colis attendus à cause d'un attentat. Ce sera un élément de collection dont nous nous passerons bien...

mercredi 22 octobre 2008

Hermès, issu de Cérès

Préparée par le Désiré-Albert Barre, la première émission de timbres-poste de Grèce présente une généalogie graphique commune avec la première de France, dessinée et gravée par son père, Jacques-Jean Barre.

Grâce à une passionnante étude des travaux effectués par Barre fils pour la commission des monnaies à la fin des années 1950, Louis Fanchini, spécialisé dans la philatélie grecque classique, complète la filiation par les essais de 1858. L'article est publié dans le dernier numéro de Documents philatéliques, la revue de l'Académie de philatélie, daté du quatrième trimestre 2008.

Anatole Hulot, alors directeur de la fabrication des timbres-poste, était jugé bien coûteux par l'administration des postes. Ou bien pour faire pression ou pour lui faire baisser ses prix, la commission des monnaies fit préparer par Barre fils des planches typographiques au type Cérès à l'aide d'une nouvelle méthode qui concurrencerait la galvanoplastie de Hulot. La « frappe directe au balancier monétaire. » Le directeur céda sur les prix, mais la méthode était au point.

Au début des années 1860, alors que Hulot et Barre s'apprécient déjà peu, le retard de Hulot (causé par celui du graveur... Barre fils) entraîna le marché des planches et premier tirage de timbres grecs au type Hermès à Barre fils et sa méthode.

Je résume très grossièrement une étude de seize pages bien plus étendu que la rivalité Hulot-Barre : découverte du balancier monétaire (une réédition pourrait inclure une illustration du fonctionnement de cette bestiole), rôle de l'imprimeur Ernest Meyer, invention par Barre fils de l'impression de la faciale au dos du timbre, etc.

Bonne lecture et merci à l'auteur.


Référence : Louis Fanchini, « Les essais "Cérès 1858". Pourquoi font-ils partie intégrante de la philatélie grecque ? », Documents philatéliques n°198, Académie de philatélie, 4ème trimestre 2008, pages 3 à 18.
Cité régulièrement dans cette étude, une ressource directement accessible par le web : le site d'un spécialiste des Hermès grosse tête, Louis Basel (en anglais).

mardi 29 janvier 2008

Propagande philatélique

Le 10 juillet 1984 , la poste grecque a rappelé le dizième anniversaire de l'invasion de l'île de Chypre par l'armée turque après un coup d'État de rattachistes grecs. Ces derniers soutenaient l'Enosis, l'union avec la Grèce. Malgré leur rapide échec, l'intervention turque conduit à la division de l'île, encore visible de nos jours.

Les deux éléments guerriers et liberticide des deux timbres sont placés du côté nord de l'île : barbelés retenant un homme et char roulant sur du sang.

Aujourd'hui, la République de Chypre, seule reconnue internationalement, est membre de l'Union européenne et des institutions internationales. Au nord, la République turque de Chypre du Nord, créée en 1983, n'est reconnue que par la Turquie. Les deux entités essayent de négocier une unification, mais leurs gouvernements successifs ou leurs protecteurs respectifs ont pu conduire - outre des émissions de timbres de propagande - à des soubre-sauts comme le référendum d'avril 2004 : le plan de l'ONU concernant l'île est accepté par les Chypriotes turcs aux gouvernants les plus difficiles à convaincre, mais pas par les Chypriotes grecs garantis d'une adhésion à l'Union européenne le 1er mai 2004...