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dimanche 14 mars 2021

Turbulences diplomatiques autour du pape au Kurdistan irakien

Placer un profil cartographique sur un timbre ou n'importe quelle production graphique publique crée une opportunité de tensions géopolitiques, accidentelles si l'illustrateur se trompe, volontaires dans les conflits territoriaux entre États.

Cette semaine, mercredi dix mars 2021, la Turquie, puis l'Iran, ont réagi vivement contre un « timbre » de la région autonome du Kurdistan irakien, « émis » pour marquer la visite du pape François à Erbil, le dimanche sept mars précédent, une des quatre villes irakiennes prévues durant ce voyage.
Un des six projets de timbre du Kurdistan irakien pour la visite pontificale du sept mars 2021, objet du mécontentement des États turc et iranien (via le fil Twitter de Israel Stamp Review).

Le problème est donc le profil cartographique à l'arrière-plan du profil du pape : l'ensemble des territoires que les mouvements autonomistes et indépendantistes kurdes revendiquent, et pas seulement la région irakienne reconnue par la Constitution du pays.

La réponse du gouvernement kurde irakien fut que le timbre en cause était un projet philatélique refusé début mars. Il indique également que le timbre qui sera finalement émis respectera la constitution et la loi (sous-entendant les frontières internes et externes de l'Irak ?).
Les six projets pour le timbre kurde irakien (via Church Militant, un média catholique du Michigan).

Avec un peu de recul, temporel, géographique et spécialisé, le média philatélique de l'éditeur italien Vaccari publie, vendredi douze, un article synthétique du déroulement. À Erbil, la poste locale kurde irakienne a montré au pape six maquettes envisagées d'artistes et de styles très différents, dont le cinq cents dinars. Présentation jugée officielle par les autorités des États riverains.

Note : la poste kurde irakienne est une poste locale, non reconnue par l'Union postale universelle. Ses timbres servent-ils sur le courrier régional ? Atteint-il le marché international des collectionneurs ?

mardi 24 mars 2020

Premier timbre sur la lutte contre le coronavirus en Iran

Dès mardi dix-sept mars 2020, la République islamique d'Iran est le premier pays à avoir émis un timbre-poste sur la lutte contre l'actuelle épidémie de coronavirus.
Le timbre via le magazine états-unien Linn's Stamp News, le dix-huit mars.
Le timbre représentant trois personnels médicaux et un soldat, et de représentations du virus.

L'Iran est un des pays gravement touchés, apparemment à partir de la ville sainte de Qom, qui attire de nombreux visiteurs.
La cérémonie de présentation du timbre par le président de la République Hassan Rohani (twitt proposé par Jack Zhang, le dix-neuf mars à partir des images officielles iraniennes).
Dans ce contexte difficile, la propagande politique doit aider à conforter le moral de la population et l'éduquer au risque. Le timbre-poste peut aider dans ce rôle...

... en particulier la cérémonie officielle de présentation : en marge d'un conseil des ministres, en présence du président Hassan Rohani qui a signé un panneau sur lequel setrouvait une feuille entière.

samedi 24 mars 2018

La poste iranienne face à la cartographie du Cachemire

Découvert grâce au fil Twitter de Better Philately, blogueur spécialisé dans les États-Unis et l'Inde, le Nouvel An perse, Norouz, est célébré au moment de l'équinoxe de printemps dans douze pays et deux régions de l'Asie centrale à l'océan Indien, de la Turquie à l'Inde, bien au-delà de l'Iran.
Le timbre iranien de la célébration globale de Norouz de 2016, à donner des sueurs froides aux Indiens (via le fil Twitter de BetterPhilately, vingt-et-un mars 2018).
Comme ces dernières années, la République islamique d'Iran tente de devenir un acteur notable de la région face à d'autres puissances, il n'est pas surprenant que le pays perse marque d'un timbre l'ensemble des pays où le Nouvel An perse est fêté.

Cela donne ce timbre de 2016 avec carte des douze pays (mais sans les régions russe du Daghestan et chinoise du Xinjiang également concernées) et leurs drapeaux. Notons l'insistance à nommer une seul objet géographique en anglais : le golfe Persique... après quelques débats avec ses voisins irakiens sous Saddam Hussein et arabes de l'autre rive sur l'adjectif.

Sauf que l'illustrateur a buté sur l'Inde. Certes, il a cartographié le Cachemire d'après les limites du contrôle effectif que l'Inde, le Pakistan et la République populaire de Chine ont sur cette région disputée depuis la partition de 1947 : à majorité musulmane alors gouvernée par un roi hindou.

Pire, et plus étrange : les États de l'est indien sont omises... tout comme la partie européenne de la Turquie (Thrace orientale) paraît atrophiée. L'illustrateur a-t-il utilisé une carte avec une projection imitant au mieux le globe et qui lui aurait caché ces extrémités de la carte ?

Variante verdoyante et géopolitiquement plus correcte de 2018... quoique : où baignent les poissons ? (via le fil Twitter de BetterPhilately, vingt-et-un mars 2018).

Deux ans après, nouveau timbre apparemment sur le même modèle - et avec la présidence Trump en embuscade... - et des améliorations : le Cachemire est dissimulée sous le ruban du cadeau de la fertilité printanière...

Mais le fond de carte n'a pas changé : Thrace orientale et Est indien sont toujours porté disparus. Même des poissons atteignent Calcutta par le Bangladesh.
Le feuillet iranien de l'émission conjointe sur la liaison maritime indo-iranienne, essentielle pour contourner le Pakistan et les ambitions chinoises (communiqué de presse de la poste iranienne, quatre mars 2018).
Dur, dur d'éduquer les peuples à la cartographie sur un document à valeur officielle et diplomatiqe, surtout que, fin février dernier, le Premier Ministre indien Narendra Modi et le Président iranien Hassan Rohani ont dévoilé ensemble l'émission conjointe sur la liaison maritime entre leurs ports de marchandises de Chabahar, dont le développement fut financé par des capitaux indiens, et de Kandla.

Pas le moment donc de vexer son partenaire commercial.

Les curieux se référeront au numéro consacré au Baloutchistan par le Dessous des cartes, diffusé sur Arte le samedi trente septembre 2017 et évoquant ces questions portuaires et les investissements portuaires chinois à Gwadar, au Pakistan, à cent kilomètres à vol d'oiseau de Chabahar...

vendredi 7 avril 2017

Armes chimiques... La thématique guerrière s'étend

Entre hier, la réflexion de cet article, et ce matin, les événements de la nuit montrent que les tensions actuelles dans le monde sont vives... et que la philatélie permet de les évoquer. Après le fusil-mitrailleur et le lance-roquettes, les gaz de combat :(

D'après mes recherches avec le moteur de recherches Google ne semblent pas montrer d'administration postale ayant osé émettre des timbres commémorant l'importance des armes chimiques. Dieu merci !
Pour le dixième anniversaire de l'entrée en vigueur de la Convention sur l'interdiction des armes chimiques, en 2007, l'Iran va au cœur du sujet : les effets des produits militarisés sur les victimes survivantes (via un site philatélique marchand états-unien).
Difficile échiquier géopolitique qu'est devenue la Syrie depuis six ans : une dictature héréditaire et clanique (une vidéo pédagogique sur comment les dictateurs et dictatures vivent longtemps), des rebelles aux projets futurs variés. Pimenté des conséquences de l'aventure bushienne en Irak : Daesh, un groupe djihadiste sans état d'âme (et frappeur de monnaies pour numismates complices).

À faire mijoter dans le chaudron d'une Russie revendiquant - brutalement ? - une place mondiale que la manière - ultralibéralement brutale ? - dont fut gérée la fin de la Guerre froide ne lui avait pas accordée. N'oublier pas d'ouvrir ou fermer le feu selon les intérêts régionaux multiples : Turquie sultane contre Kurdes, l'Iran protecteur des chiites, les monarchies conservatrices de la péninsule arabe marchant sur des œufs,...
Les timbres-chocs de l'Iran furent un moyen d'accuser l'Irak de Saddam Hussein après le bombardement chimique à Halabja, pendant la rébellion de Kurdes irakiens en  1988... contre lequel les puissances occidentales avaient peu réagi sur le moment (via une vente sur Delcampe)
Au milieu, les civils, hommes, femmes, enfants, veuves, orphelins, etc. Dernièrement, les Nations unies estiment à cinq millions les Syriens réfugiés hors de leur pays : un quart de la population ! Quelle fraction des habitants, encore dans le pays, ont fui les zones de combat ou de contrôle djihadiste ?

Et à cela, chaque année, l'emploi d'armes chimiques - chlore, gaz moutarde, gaz sarin - à plusieurs reprises depuis le début du conflit. Soupçonné systématiquement le Président Assad, souvent Daesh... Quelle vérité dans l'accusation contre des rebelles anti-Assad après l'attaque de ce mardi quatre avril à Khan Cheikhoun ?

Philatéliquement, le sujet est rare.
Un des six timbres de l'Administration postale des Nations unies annonçant la signature de la Convention sur l'interdiction des armes chimiques. Cette illustration de Michel Granger pour le bureau de Genève est sûrement la plus évocatrice des six.. (via le site de Michel Granger).
L'émission de l'Administration postale des Nations unies en 1991 appelait tous les États membres à signer et appliquer l'interdiction de l'emploi et de la recherche sur ses armes, et leur destruction... Un échec. Quels États ont encore des stocks ? Ou un manque tel de conscience qu'ils reprendraient - s'ils les avaient interrompues - leurs recherches ?
Discrète pièce thématique : une enveloppe adressée à un officier de l'École de guerre chimique des États-Unis... Glaçant (collection de l'Australien Maurice Mishkel, sur son site auspostalhistory.com)
Pour finir sur les timbres, il reste les États victimes directement ou indirectement de l'usage de ses armes. En début d'article, l'Iran n'oublie pas de montrer, par les timbres, à sa population et au monde les crimes du régime de Saddam Hussein contre les Kurdes et les chiites d'Irak,... que l'Iran appelait à la révolte contre le dictateur.
Timbre du royaume mutawakélite du Yémen surchargés en 1967 pour dénoncer l'emploi d'armes chimiques pendant la guerre civile du Yémen du Nord (via middle-east-info.org).
Le Royaume du Yémen surchargea des timbres au secours des victimes de bombardements chimiques pendant la guerre civile entre la monarchie, qui avait dû accepter puis rompu une union avec l'Égypte de Nasser et la Syrie d'avant-Hafez el Assad, et les rebelles républicains d'inspiration nassériste. Le Royaume accusa l'Égypte de ces crimes.

Les puissances mondiales sont-elles aveugles car l'emploi de ces armes a lieu sur des théâtres de conflit loin des préoccupations de leurs populations ? Faudra-t-il attendre que les scènes du métro de Tokyo de 1995 surviennent plus près des grandes villes occidentales ou russes ?

Pour être complet, il faut évoquer le bombardement d'une base militaire syrienne par les États-Unis, lieu lié à ces armes interdites, cette nuit. Mais, là, il faudrait évoquer l'actualité du Président Donald Trump... Des décennies de biographes suffiront-elles pour expliquer comment, en une seule semaine d'avril, cet isolationniste a-t-il pu renvoyer son âme damnée du Conseil national de sécurité, être choqué d'un épisode de la guerre civile syrienne (après avoir refusé d'en recevoir les réfugiés) et décidé d'une opération militaire aussi lourde de conséquences dans le Grand Jeu mondial actuel...

La thématique Armes de guerre - alimentée seulement en cas de nécessité - compte désormais trois articles... Pour combien de jours ?

dimanche 2 octobre 2016

Cartophilie moyen-orientale au British Museum

Lundi dernier, le vingt-six septembre 2016, Maev Kennedy a proposé une rencontre avec St John Simpson, conservateur au British Museum, pour le site du quotidien britannique The Guardian.

L'archéologiste spécialiste du Moyen-Orient et de l'Asie centrale ne présentait pas les collections actuellement visibles de son musée, mais celles non visibles des cartes postales de la région reçues par l'institution ou ramenées par son conservateur.

Rangées dans des boîtes par paquets de cinq mille, les cartes anciennes comme modernes et leurs correspondances commencent à apparaître, ici et là, dans les expositions : vues de la vie quotidienne, message de voyageurs européens, dont l'exemple d'une famille nomade de l'Algérie française photographiée par l'éditeur et dont l'expéditeur ne semble pas considérer leur pleine humanité.

Pour Simpson, l'intérêt historiographique est là pour de potentiels chercheurs.

Cependant, comme Le Figaro le dernier week-end des vacances d'été en France, le conservateur et ses confrères constatent le déclin du courrier face aux communications électroniques : jeunes de Téhéran ne sachant pas où se trouve le bureau de poste, stock non reconstitué de cartes touristiques dans les boutiques de Bahreïn, jeunes chercheurs n'ayant jamais envoyé de cartes postales,...

jeudi 14 juillet 2016

Paris-Philex (7) : la philatélie, une histoire des empires et de la mondialisation ?

Les deux, mon commandant !

Une passion issue du dix-neuvième siècle européen.
Le collectionneur, le philatéliste, l'historien postal ou le curieux du contexte de tout cela lira avec attention le numéro d'été du mensuel français L'Histoire - dont le site web a changé d'adresse, intitulé XIXe siècle. Le monde est à nous ! La mondialisation à l'européenne.
Couverture du numéro été 2016 de L'Histoire en vente en kiosque jusque fin août (site de L'Histoire).
Le lecteur notera toutes les images d'Européens inventifs et ingénieux, pionniers même, et d'indigènes de tous les autres continents travaillant au profit exclusif des entreprises et des États européens et des colonies de peuplement établis par l'une des plus grandes dispersions de migrants de l'histoire humaine. Plus de cinquante millions vers les Amériques... Ça relativise bien des circulations récentes.

Le philatéliste fiscal notera un timbre fiscal états-unien sur une action de 1864 de la Keystone Zinc Company de Philadelphie, page cent quatorze dans un article sur « Comment la City [londonienne] a propulsé New York »... Les débuts de la mondialisation financière.

Pour ceux qui aiment remettre en cause leurs préjugés sur les personnages historiques ou les grands actes humains, ce même numéro interroge Louis XIV et sa puissance : son règne fut-il celui où le roi absolu contrôla la noblesse ? Ou obligé de veiller constamment sur les finances du royaume et sur une noblesse frondeuse à Versailles, par les arts et les (nombreuses) guerres, fut-ce celle-ci qui contrôla le devenir de la France, le roi ne faisant que suivre ?

Le numéro des Collections de L'Histoire de l'été est aussi décapant : la famille depuis les mythes bibliques jusqu'à nos jours, de la gestation pour autrui à Rome à l'hypothèse que la filiation constitue davantage les familles que le mariage.

Quel rapport entre cette lecture impériale et mondialisée du monde et Paris-Philex ?

L'histoire postale de la conquête européenne du monde : le cas aérien de l'Afrique.
Arrivé à ce septième article sur le championnat de France de philatélie de 2016, il reste encore à aborder l'aérophilatélie et plusieurs collections montrant les liaisons postales internationales tous azimuts au cours de la première moitié du vingtième siècle, quant les puissances coloniales croyaient en leur apogée durable.

Deux compétiteurs illustrent magnifiquement cela à travers l'établissement des compagnies aériennes à travers le continent africain : René Maréchal avec l'Imperial Airways vers l'Afrique du Sud (1925-1937) et Daniel Blanquerin avec Air Afrique vers Madagascar (1925-1939).
Les premières pages des collections de M. Maréchal (gauche) et de M. Blanquerin (droite) à Paris-Philex 2016.
La confrontation de leur première page respective permet de constater la diversité des approches et des présentations... La carte de M. Blanquerin permet de constater que le continent africain est maillé par les liaisons aériennes mises en place pendant l'entre-deux-guerres, mais aussi la concurrence entre les compagnies.

L'Imperial Airways, britannique, oblique fortement vers le sud-est de l'Europe pour connecter toutes les colonies britanniques depuis l'Égypte sous influence jusqu'au Dominion sud-africain. Air Afrique ou Transafricaine en 1928, après fusion de plusieurs lignes, établit un pont entre les colonies françaises d'Afrique et Madagascar.

Deux textes d'introduction et un plan qui suit une logique d'établissement progressif des lignes, chronologiquement plus marqué chez Blanquerin, plus géographique pour Maréchal. Bonus pour le premier : une bibliographie [présenter une bibliographie par contre...].

Au bilan des juges : quel empire bénéficiait des meilleures liaisons aériennes impériales ? Aucune idée. Grand vermeil pour la collection Air Afrique et deux points devant et prenant quatre points en quatre ans, médaille d'or et meilleure collection d'aérphilatélie pour Imperial Airways.

Pourquoi pas de photographies d'enveloppes ? J'en ai pas... Un peu fatigué en fin de parcours. Pourquoi placer l'aérophilatélie si loin dans l'exposition, après polaire et ouverte, et pas aux côtés de l'histoire postale ?

Une conquête créant des connections mondialisées alors surprenantes.
Pour l'histoire postale, économique et sociale, l'impérialisme des puissances européennes, le profitisme des grandes compagnies occidentales selon la grille de lecture ou la dispersion de migrants européens connectent des territoires aussi inattendus que les exemples que je vais piocher dans quelques collections.
Enveloppe oblitérée à Jérusalem, mandat britannique de Palestine, le vingt-neuf juillet 1940 pour Hanoï en Indochine française (collection Christian Abravanel, Paris-Philex 2016).
Un courrier entre une banque de France métropole et la Banque de l'Indochine à Hanoï, logique. Sûrement moins fréquent mais envisageable avec une banque d'une autre colonie française.

Mais, entre une banque de Jérusalem et celle de l'Indochine ?! Cette enveloppe est présentée par Christian Abravanel, webmestre du site du Cercle français philatélique d'Israël, dans Les échanges postaux entre civils en provenance et à destination de la Palestine entre 1938 et 1945, sur laquelle je reviendrai dans le prochain article sur Paris-Philex.

Sous l'enveloppe, il propose un planisphère des principales voies aériennes et maritimes intercontinentales encore disponibles à ce moment de la guerre où le Royaume-Uni est seul face à l'Axe.
Lettre de Kerguelen vers Le Havre, acheminée à Point Natal par un navire ravitailleur norvégien en mars 1912 (collection Alexis Cottineau, Paris-Philex 2016).
Changement de climat et d'époque : dans une collection d'« oblitérations maritimes sur Semeuse (1903-1941) », Alexis Cottineau de l'Amicale philatélique Nostradamus de Salon-en-Provence atteint les recoins du monde de 1912 avec cette enveloppe partie de Kerguelen, acheminée par un navire ravitailleur d'un compagnie baleinière (colonisation, mondialisation et environnement) vers l'Afrique du Sud pour une remise dans les circuits postaux maritimes. En trois semaines, elle est arrivée à destination au Havre.

Mais un « monde européen » éphémère voire pas conformes aux préjugés coloniaux.
En se plaçant dans l'entre-deux-guerres, la majorité des collections se situe déjà à la fin de ces empires coloniaux : à entendre clamer qu'ils sont envahis pour être « civilisés », des indigènes qui ont suivi le chemin de la « civilisation » réclament les droits qui vont avec les nombreux devoirs qu'ils leur ont été imposés, non sans violence.
Lettre portant une Marianne de Decaris illégalement surchargée « Algérie française 23 avril 1961 » (collection Égon Habé, Paris-Philex 2016).
Bien évidemment, la collection grand vermeil de l'Alsacien Égon Habé illustre ce thème de la fin des empires avec, en philatélie moderne, « la Marianne de Decaris surchargée EA » par les autorités algériennes indépendantes entre juillet 1962 et janvier 1963.

En amont, il présente des surcharges des partisans de l'« Algérie française » (mais était-il pour l'application de toutes les valeurs de la République à toute la population ?) dans le contexte du Putsch des généraux d'avril 1961 ou des actions de l'Organisation de l'armée secrète à destination des élus de métropole.

Comment les empires coloniaux ont-ils pu finir si mal ? Exploitation contre « civilisation », racisme contre valeurs, etc. Sûrement aussi préjugés et complexe de supériorité face aux cultures indigènes jugées si pittoresques... Soupir.
Lettre de Rhodes italienne pour Téhéran en mai 1933 (collection René Maréchal, Paris-Philex 2016).
Merci à René Maréchal de fournir un formidable document de la diversité humaine, dans la seconde collection qu'il présentait, « La poste aérienne en mer Égée (1929-1947) ». Pourquoi cette zone si précise ? Elle est une escale possible sur la route entre l'Europe et le Proche-Orient - un autre courrier montre les liaisons aériennes entre pays baltes et Pologne d'une part, et la Palestine d'autre part via la mer Égée.

Ensuite, car Rhodes et les autres îles du Dodécanèse sont sous contrôle italien, alors que Mussolini veut faire de l'Italie une grande puissance, ce qui passe par l'aviation sur le modèle impérial britannique et français (voir plus haut).

Maintenant, suivons grâce à M. Maréchal cette enveloppe dont le verso timbré était présenté au visiteur de Paris-Philex et le scan du recto en-dessous. Elle est expédiée de Rhodes par un dénommé Albert Israel le onze mai 1933. Elle est déposée le lendemain à Athènes (oblitération à gauche des timbres) par Aero Espresso Italiana. Quatre jours après, Imperial Airways l'emporte d'escale en escale jusqu'à Bagdad (oblitération à droite des timbres). Là, c'est une compagnie allemande, Junkers Luftverkehr Persien, l'amène à Téhéran le vingt-et-un.

Adresse transcrite en farsi et lettre parvenue à David Israël à l'École Alliance israélite universelle, institution internationale créée en France en 1860 - fondation commémorée en France par un timbre en 2010. Le courrier passe donc, d'entreprises concurrentes en entreprises, et dont les pays d'origine sont difficilement amis selon les paires constituées ; pour permettre la correspondance entre deux personnes de confession juive, dont une vivait dans un pays à majorité chiite qui, même devenu République islamique en 1979, assure une représentation politique minimale même si avec suspicion.

L'article de Wikipédia signale comment l'Alliance israélite universelle ouvrit des écoles avec le soutien des autorités perses au tournant du vingtième siècle et qui connurent une certaine popularité auprès des élites musulmanes... Peut-être car elles furent davantage françaises au départ qu'israélites et persanes par la suite ?

Une diversité postale pour une histoire de rencontres humaines variées, au-delà des intérêts géopolitiques ou commerciaux. Très beau souvenir qu'est cette enveloppe dans une collection grand vermeil et prix spécial du jury qui rejoint le long palmarès aérophilatélique de M. Maréchal depuis 1995.

À suivre...
Encore un article sur les collections de Paris-Philex : comment la Seconde Guerre mondiale inspire les collectionneurs.