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lundi 24 novembre 2025

Une carte postale oubliée relance une enquête de Mademoiselle J.

 Le dix-sept octobre 2025 en librairie, avec publication par épisodes dans le magazine Spirou à partir du numéro 4570 du douze novembre, l'éditeur Dupuis propose le quatrième tome de Mademoiselle J., écrit par Yves Sente et dessiné par Laurent Verron.

Au terme d'une mystérieuse introduction, la journaliste découvre une bien intrigante carte postale d'Indochine (Spirou 4570, douze novembre 2025).

Ce personnage d'une jeune femme photographe et journaliste, affrontant les années 1930, l'Occupation allemande de Paris, puis les conséquences de la Seconde Guerre mondiale, est apparue dans Il s'appelait Ptirou, en 2017.

Dans le cadre de la diversification du personnage roux habillé de rouge, Sente et Verron imaginèrent un Oncle Paul racontant la véritable histoire de Spirou, ou de celui qui inspira le personnage de fiction. Sur un paquebot transatlantique, pendant la Grande Dépression, un dirigeant de la Compagnie générale transatlantique et sa fille Juliette, doit se rendre à New York négocier avec ses actionnaires. Elle croise le chemin de Ptirou, jeune artiste de cirque, qu'un deuil lance à la recherche du rêve américain.

De là, l'héroïne trouve une fureur de vivre et de montrer la réalité du monde, armée de son appareil photographique et de son courage. Le deuxième tome l'a confronté aux nazis, le troisième aux vastes étendues de l'Union soviétique au-delà de l'Oural.

Zoom sur le timbre dessiné sur la carte postale : 5 centimes verts (Spirou 4570, douze novembre 2025).

Ce nouveau récit a lieu en 1955. Les pays d'Indochine ont pris leur indépendance, mais le Vietnam est divisé entre un régime communiste au nord et une dictature policière au sud.

À Paris, les représentants officiels et civils (notamment religieux) des deux pays agissent pour leurs compatriotes ou espionnent au profit de leur gouvernement.

Fuyant un agent du Vietminh, une religieuse vietnamienne s'engouffre dans la librairie où Mademoiselle J. dédicace ses livres sur la place des femmes ou ses reportages dans les dictatures communistes. Au cours de l'échange avec la journaliste et avant de fuir à l'arrivée des espions, elle a le temps de laisser un message dans le sac de Juliette.

Ce dernier la conduit au siège des Missions étrangères où des sœurs vietnamiennes organisent la recherche de subsides pour leurs orphelinats. La mère supérieure paraît désintéressée et celle qui la guide se met brusquement à chanter des paroles qui touchent l'héroïne au cœur...

... cœur fragile de son mentor qui, en étendant les détails de cette histoire, défaillit, avant de demander à Juliette de descendre d'une bibliothèque une vieille boîte contenant une carte postale, envoyée du Tonkin en 1918...

Qu'est-ce qui relie ces religieuses espionnées, l'Indochine et Juliette ?


À l'échelle du petit magazine (mais serait-ce plus clair dans l'album), le timbre vert sûrement d'Indochine porte une valeur  de cinq centimes. Les éléments graphiques permettent de retrouver une allégorie de Grasset, émis en 1904 : une République au bonnet phrygien portant un rameau d'olivier (?) et à l'épée vers le sol ; une ancre marine en haut à gauche.

La série à illustration unique fut remplacée en 1907 par une série représentant des femmes des cinq pays rassemblés sous la tutelle française en Indochine.


Les adolescents curieux d'histoire du vingtième siècle et les adultes auront intérêt à se tourner vers une librairie spécialisée en bandes dessinées. Depuis quelques années, Dupuis laisse ses auteurs et dessinateurs replacer dans le contexte des années 1930 à 1950 ses personnages principaux ou son jeune public d'alors.

Le Petit Groom et son ami journaliste ont été vraiment confronté à l'occupant allemand, à la résistance par les petits gestes, à la déportation des juifs. Le comte Champignac, loufoque dans la série principale, devient un des grands scientifiques face au mépris subis par les femmes scientifiques ou les implications du projet Manhattan. Jusqu'à Ptirou et Juliette, deux jeunes gens, face aux tsunamis de l'histoire.

mardi 31 août 2021

Pourquoi donc frapper des pièces pour les colonies françaises ?!

 C'est une formulation simple de l'étude proposée par Hugo Carlier dans son mémoire de master (« D.E.A. » pour les anciens) titré La Souveraineté monétaire dans l'Empire colonial français 1879-1939. Il a reçu le prix Ithaque-Marquet du master d'histoire économique, ce qui lui a permis d'être publié en juin 2021 (éditions Ithaka, ISBN 9782956629566).

Couverture de l'ouvrage (à commander chez votre libraire).

Le propos est en effet intéressant aux numismates souhaitant dépasser la simple cote d'achat-vente de telle ou telle pièce coloniale, même s'il faut accepter que l'exercice consiste autant à évoquer le sujet titré qu'à faire le point sur l'état de la recherche et de la connaissance avec forces notes et renvoi vers d'autres ouvrages de recherche. Certains découvriront quels sont les notions et concepts qu'abordent les chercheurs actuels autour du fait colonial ou des représentations symboliques de la République française.

D'ailleurs le titre originel de son mémoire de 2020 permet au lecteur éloigné de l'université d'en comprendre le contenu plus aisément : Négocier la souveraineté monétaire sous la Troisième République. La monnaie métallique dans l'empire colonial français (1879-1939) », préparé sous la direction d'Alain Chatriot, professeur des universités à Sciences Po.

Si je résume grossièrement, les colonies françaises n'ont aucune autonomie monétaire aux yeux du ministère des Finances à Paris...

... sauf que les collectionneurs listeront de tête, avant les années 1930, les bons de caisse des Antilles et de la Réunion, les piastres de commerce de la Banque d'Indo-Chine, les roupies des comptoirs des Indes, les monnaies tunisiennes, togolaises et camerounaises.

C'est qu'entre l'idée-clé que le franc français est la monnaie de l'Empire et le fait que les colons et colonisés utilisent des pièces métalliques de franc français, il y a le gouffre de la masse de métal dont la France dispose réellement. Les gouverneurs réclament fréquemment à Paris des pièces pour satisfaire les commerçants de leur colonie... au risque que de bonnes pièces françaises fuient vers les colonies et pays voisins... Leur attrait est d'être aux formats de l'Union latine.

Déjà pointent les premières exceptions : dans les minuscules comptoirs indiens, la monnaie doit permettre des échanges aisés avec la roupie des Indes Britanniques ; en Indochine, la sapèque et sa symbolique (sa forme troué en carré, ses formules frappées) est préférée par les « indigènes »...

Comme pour le protectorat tunisien et les mandats du Togo et du Cameroun, il va être tenu compte de ses exceptions car, face au manque de monétaire français, il y a la concurrence commode d'utiliser les monnaies métalliques d'autres puissances rivales, britannique, allemande et même le Thaler de Marie-Thérère que l'Autriche frappe encore avant la Première Guerre mondiale alors qu'elle est démonétisée localement.

On pourrait croire que c'est l'invasion de monnaies rivales qui animeraient les ministères et administrateurs français... À la lecture des recherches d'Hugo Carlier, il semble que, la plupart du temps, ce sont des considérations économiques et comptables, parfois diplomatiques, qui préoccupent les ministères parisiens plutôt que le rayonnement des valeurs de la République civilisatrice.

Il faut, en effet, découvrir dans les archives ministérielles et parlementaires le combat du ministère des Finances pour conserver les bénéfices de la frappe monétaire - le seigneuriage -, moins par souci d'expression de la puissance métropolitaine que par le fait que l'entité souveraineté conserve dans son budget le bénéfice de la transformation du métal en monnaie sonnante et trébuchante.

C'est ce principe que le Bey de Tunis et le gouverneur du Togo (sous surveillance de la Société des nations) comprennent très vite et savent rappeler à Paris par l'intermédiaire des ministères des Affaires étrangères et des Colonies : dans ces cas, la France n'est pas souveraine ; elle frappe la monnaie au nom d'un roi ou d'un peuple encadré...

... et voilà comment les pis-aller des Antilles et de la Réunion (bons de caisse, faute de monnaie métropolitaine aisément disponible) d'avant la Grande Guerre de 1914 deviennent un enjeu croissant chez les différents gouverneurs coloniaux pendant l'entre-deux-guerres. Ils voient dans l'émission de pièces de monnaie au nom de leur colonie un moyen d'équilibrer leur budget après les coûts de la guerre et les nécessités de construction d'infrastructures pour développer les pays.

Quand, enfin, le ministère des Finances cède, l'apparence de la monnaie est secondaire pour quasiment tout le monde, sauf exception d'un gouverneur soucieux de détail (le profil d'une Caraïbe en Guadeloupe) ou le cas d'un territoire où il faut s'assurer des apparences diplomatiques : l'équilibre France/Indochine voire l'absence de l'État-France en Tunisie. Le traité de protectorat pouvant imposer les mêmes droits à une puissance rivale, il ne faut pas donner de droit au royaume d'Italie de battre monnaie pour le Bey. Ailleurs, n'importe quel profil de Marianne fera l'affaire, surtout s'il est déjà gravé : il faut économiser pour protéger le seigneuriage.

Je pense que cet ouvrage sera utile à la culture des collectionneurs de monnaie. Quels débats ont conduit à la frappe ou à l'absence de frappe ? Pourquoi telle ou telle allégorie et tel texte ? Pourquoi des banques (d'Indo-Chine jusqu'en Polynésie) ont-elles exercé ce pouvoir au lieu de la puissance publique  ? Au risque de conflit dans le cas de la Banque d'Algérie pour les monnaies tunisiennes ?

Bref, la confirmation que cet empire, créé dans la violence militaire ou diplomatique, dans l'exploitation économique à sens unique, avec un peu de souci du développement des populations à partir de l'entre-deux-guerres, paraît géré au jour le jour et au meilleur coût possible pour les ministères de la Métropole.

L'avantage d'un mémoire universitaire sera que les curieux de tel sujet ou telle colonie bénéficieront d'une bibliographie permettant de prolonger leurs lectures et recherches au-delà, grâce aux notes, à une bibliographie et un index des personnages cités.

mardi 24 octobre 2017

Histoire postale de la guerre du Vietnam

La chaîne culturelle franco-allemande Arte a diffusé en septembre les dix épisodes du documentaire de Ken Burns et Lynn Novick sur la guerre du Vietnam. Aspect marquant de leur travail : avoir pu interroger librement des vétérans vietcongs et nord-vietnamiens, ce qui rappelle l'aspect-miroir de beaucoup de conflits alors que l'Europe achèvera le centenaire de la Grande Guerre en 2018.

La division du Vietnam avec la guerre de décolonisation d'Indochine, puis la guerre où les États-Unis se sont embourbés, ont produit leurs lots de timbres patriotiques et de courrier militaire. Reste à les retrouver.

Le mercredi dix-sept mai 2017, Dan Telep a proposé une conférence et sa collection de courrier militaire des insurgés vietcongs et de l'armée du Nord-Vietnam devant les membres du Collectors Club de New York - et aux internautes sur Vimeo.
La zone démilitarisée en gris et sa proximité cartographiée par les United States Marine Corps (domaine public, via la base documentaire Commons de Wikimedia).
Vétéran du conflit, Telep a servi à proximité de la zone démilitarisée entre les deux républiques vietnamiennes, lieutenant coincé entre les Vietcongs, insurgés-guérilleros communistes du sud, et les attaques de l'armée nordiste de la République démocratique, entre canonnades, coups de poing ou passages par le Laos.

Très vivant, le réalisateur du Club a dû bosser : filmer l'enseignant en marketing en mouvement, montrer les diapositives à partir du fichier, ou zoomer pour les montrer projetées car Telep y montre un détail important.

Très difficile est une collection postale militaire vietcong ou nord-vietnamienne comme l'expérience combattante de l'orateur permet de l'expliquer.
Joie ! Les pionniers de cette collection et la bibliographie sont au début de la présentation pour rappeler leur importance dans le chemin parcouru (diapositives de Dan Telep, conférence au Collectors Club de New York, dix-sept mai 2017).
Certes, la joie des soldats de ramener un sac de courrier ou une enveloppe pris à l'ennemi permet de découvrir des plis à distribuer de toute urgence, disposant de la marque de l'officier expéditeur. Mais la règle fort logique était de détruire après avoir lu...

D'où les conjectures sur les rares lettres que le collectionneur peut montrer : officiers vietnamiens n'ayant pas respecté l'ordre, sortie illicite des archives de l'État vietnamien ? Combien de courrier dans ces archives justement.

Néanmoins, les efforts de Dan Telep permet de comprendre l'organisation postale d'une zone de conflit complexe et difficile à connaître des Occidentaux.


Et des commissions militaires observant le respect des zones démilitarisées et des cessez-le-feu au nom de la Communauté internationale ?

C'est le philatéliste et blogueur indien Mani Muthukrishnan qui a montré sur Philatelic Titbits en septembre les timbres surchargés que la poste indienne fournit aux forces armées indiennes pour le courrier des commissions internationales envoyées en Indochine de 1954 à la fin de la guerre du Vietnam.
Le premier message sur Philatelic Titbits le vingt septembre 2017.
L'Inde avait en charge les transmissions postales de ces commissions. Ainsi, en 1954, Indiens, Canadiens et Polonais observèrent les premières années d'indépendance depuis leurs missions dans les quatre capitales de l'ancienne Indochine française jusqu'en 1958, puis dans les années 1960 au Cambodge et à Saïgon. Avec oblitération de Field Post Office (FPO).

Surchargés en hindi, les timbres ont suivi l'évolution philatélique indienne : nouvelle devise monétaire en 1957, nouveau filigrane dans les années 1960. La surcharge devint un ICC rouge avec le timbre Nehru au Laos et Sud-Vietnam.
Premier jour de la série du deux octobre 1968 (Philatelic Titbits, 26 septembre 2017).

L'étude de Mani Muthukrishnan se conclut par une enveloppe premier jour de la série surchargée d'octobre 1968...

Encore un neurone qui doit retenir d'aller fouiller le web et la médiathèque pour retrouver le rôle de ces malheureuses commissions coincées dans un conflits où aucun acteur ne voulait céder un pouce de terrain idéologique.

lundi 24 juillet 2017

Aux marges économiques de la France

Après que leurs auteurs ont mené des recherches détaillées, deux articles récents de sites web permettent d'aborder deux histoires aux marges économiques de la France au début et à la fin du vingtième siècle : des poissons austraux aux roubles indochinois.


Hier, dimanche vingt-trois juillet 2017, sur le blog La Marcophilie navale, Jean-Michel Bergougniou  raconte par les courriers et les timbres les deux premières campagnes de pêche de 1981 et 1982 dans les eaux des îles Kerguelen, dans les Terres australes et antarctiques françaises.

Dans le contexte des conflits de pêche aux larges de Terre-Neuve et de la Norvège, la campagne expérimentale de l'été austral 1980-1981 permit d'étudier la ressource et aux navires de pêche d'évaluer la rentabilité de son exploitation. La suivante (1981-1982) ramena du poisson et, avec l'exemple du Zélande 2 de la Société nouvelle des pêches lointaines de Bordeaux, de suivre le parcours des navires de la France à l'océan Austral en passant par Suez.

Rafraîchissant... quoique la tramontane soufflant actuellement sur le Sud de la France évoquent les quarantièmes rugissant et les cinquantièmes hurlants affrontés par ces navires de pêche.


Restons dans les climats réputés frais, mais dans une ambiance de guerre civile.

La période entre les révolutions russes de 1917 et la stabilisation des frontières au début des années 1920 est complexe en Europe centrale, orientale et aux confins de la Russie en guerre civile (voir l'exemple des conflits entre Pologne et Ukraine). Mais, en Russie d'Asie, la situation fut tout aussi confuse.

Pierre, un des deux auteurs du site d'actualités Numismag, propose, depuis mercredi dernier le dix-neuf juillet, a un article de recherche sur les billets en rouble de la Banque de l'Indo-Chine en Russie à partir notamment des archives de cette banque conservées désormais par le Crédit agricole après de multiples ventes et fusion bancaire en France.

Début 1918, dans le but de contrôler la Sibérie, les alliés envoient troupes, matériels et aide financière vers les chefs et groupes qui leur paraissent les plus aptes à lutter contre les bolcheviks. Si la confusion entre Russes est grande, il en est de même côté alliés à lire le déroulement de la mission du général français Maurice Janin chargé d'abord de commander l'armée tchécoslovaque se trouvant là...
Un exemple de spécimen non émis de vingt-cinq roubles vendu en 2016 sur le site CGB.fr.
Pour revenir à la numismatique, l'article explique comment le gouvernement français décide de stabiliser la situation monétaire : les roubles impériaux que les bolcheviks impriment encore concurrencent les roubles du gouvernement renversé de Kerenski. Et à Omsk, la principale ville « blanche » de Sibérie, on envisage une émission souveraine de billets.

Pour rassurer les populations de l'Orient russe qui auraient à faire aux militaires français, il est demandé à la Banque de l'Indo-Chine d'ouvrir une agence à Vladivostock et d'émettre des billets bilingues et libellés en rouble, lié  par une parité fixe avec le franc français (un rouble pour soixante centimes). L'auteur signale le même stratagème par les Britanniques à Arkhangelsk.

En 1919, la Banque de l'Indo-Chine confie la création et l'impression à l'American Banknote Company qui comprend une allégorie au bonnet phrygien dans un médaillon entouré d'éléments de sécurité.

Cependant, les aléas militaires et politiques à Omsk empêcheront la mise en circulation de ces billets. Leur destruction a lieu en mai 1920 à New York... qu'ils n'ont jamais quitté. N'en restent que les séries spécimens circulant dans les ventes ou conservées dans les archives de la Banque de l'Indochine.

Un article passionnant. Bonne lecture !

jeudi 14 juillet 2016

Paris-Philex (7) : la philatélie, une histoire des empires et de la mondialisation ?

Les deux, mon commandant !

Une passion issue du dix-neuvième siècle européen.
Le collectionneur, le philatéliste, l'historien postal ou le curieux du contexte de tout cela lira avec attention le numéro d'été du mensuel français L'Histoire - dont le site web a changé d'adresse, intitulé XIXe siècle. Le monde est à nous ! La mondialisation à l'européenne.
Couverture du numéro été 2016 de L'Histoire en vente en kiosque jusque fin août (site de L'Histoire).
Le lecteur notera toutes les images d'Européens inventifs et ingénieux, pionniers même, et d'indigènes de tous les autres continents travaillant au profit exclusif des entreprises et des États européens et des colonies de peuplement établis par l'une des plus grandes dispersions de migrants de l'histoire humaine. Plus de cinquante millions vers les Amériques... Ça relativise bien des circulations récentes.

Le philatéliste fiscal notera un timbre fiscal états-unien sur une action de 1864 de la Keystone Zinc Company de Philadelphie, page cent quatorze dans un article sur « Comment la City [londonienne] a propulsé New York »... Les débuts de la mondialisation financière.

Pour ceux qui aiment remettre en cause leurs préjugés sur les personnages historiques ou les grands actes humains, ce même numéro interroge Louis XIV et sa puissance : son règne fut-il celui où le roi absolu contrôla la noblesse ? Ou obligé de veiller constamment sur les finances du royaume et sur une noblesse frondeuse à Versailles, par les arts et les (nombreuses) guerres, fut-ce celle-ci qui contrôla le devenir de la France, le roi ne faisant que suivre ?

Le numéro des Collections de L'Histoire de l'été est aussi décapant : la famille depuis les mythes bibliques jusqu'à nos jours, de la gestation pour autrui à Rome à l'hypothèse que la filiation constitue davantage les familles que le mariage.

Quel rapport entre cette lecture impériale et mondialisée du monde et Paris-Philex ?

L'histoire postale de la conquête européenne du monde : le cas aérien de l'Afrique.
Arrivé à ce septième article sur le championnat de France de philatélie de 2016, il reste encore à aborder l'aérophilatélie et plusieurs collections montrant les liaisons postales internationales tous azimuts au cours de la première moitié du vingtième siècle, quant les puissances coloniales croyaient en leur apogée durable.

Deux compétiteurs illustrent magnifiquement cela à travers l'établissement des compagnies aériennes à travers le continent africain : René Maréchal avec l'Imperial Airways vers l'Afrique du Sud (1925-1937) et Daniel Blanquerin avec Air Afrique vers Madagascar (1925-1939).
Les premières pages des collections de M. Maréchal (gauche) et de M. Blanquerin (droite) à Paris-Philex 2016.
La confrontation de leur première page respective permet de constater la diversité des approches et des présentations... La carte de M. Blanquerin permet de constater que le continent africain est maillé par les liaisons aériennes mises en place pendant l'entre-deux-guerres, mais aussi la concurrence entre les compagnies.

L'Imperial Airways, britannique, oblique fortement vers le sud-est de l'Europe pour connecter toutes les colonies britanniques depuis l'Égypte sous influence jusqu'au Dominion sud-africain. Air Afrique ou Transafricaine en 1928, après fusion de plusieurs lignes, établit un pont entre les colonies françaises d'Afrique et Madagascar.

Deux textes d'introduction et un plan qui suit une logique d'établissement progressif des lignes, chronologiquement plus marqué chez Blanquerin, plus géographique pour Maréchal. Bonus pour le premier : une bibliographie [présenter une bibliographie par contre...].

Au bilan des juges : quel empire bénéficiait des meilleures liaisons aériennes impériales ? Aucune idée. Grand vermeil pour la collection Air Afrique et deux points devant et prenant quatre points en quatre ans, médaille d'or et meilleure collection d'aérphilatélie pour Imperial Airways.

Pourquoi pas de photographies d'enveloppes ? J'en ai pas... Un peu fatigué en fin de parcours. Pourquoi placer l'aérophilatélie si loin dans l'exposition, après polaire et ouverte, et pas aux côtés de l'histoire postale ?

Une conquête créant des connections mondialisées alors surprenantes.
Pour l'histoire postale, économique et sociale, l'impérialisme des puissances européennes, le profitisme des grandes compagnies occidentales selon la grille de lecture ou la dispersion de migrants européens connectent des territoires aussi inattendus que les exemples que je vais piocher dans quelques collections.
Enveloppe oblitérée à Jérusalem, mandat britannique de Palestine, le vingt-neuf juillet 1940 pour Hanoï en Indochine française (collection Christian Abravanel, Paris-Philex 2016).
Un courrier entre une banque de France métropole et la Banque de l'Indochine à Hanoï, logique. Sûrement moins fréquent mais envisageable avec une banque d'une autre colonie française.

Mais, entre une banque de Jérusalem et celle de l'Indochine ?! Cette enveloppe est présentée par Christian Abravanel, webmestre du site du Cercle français philatélique d'Israël, dans Les échanges postaux entre civils en provenance et à destination de la Palestine entre 1938 et 1945, sur laquelle je reviendrai dans le prochain article sur Paris-Philex.

Sous l'enveloppe, il propose un planisphère des principales voies aériennes et maritimes intercontinentales encore disponibles à ce moment de la guerre où le Royaume-Uni est seul face à l'Axe.
Lettre de Kerguelen vers Le Havre, acheminée à Point Natal par un navire ravitailleur norvégien en mars 1912 (collection Alexis Cottineau, Paris-Philex 2016).
Changement de climat et d'époque : dans une collection d'« oblitérations maritimes sur Semeuse (1903-1941) », Alexis Cottineau de l'Amicale philatélique Nostradamus de Salon-en-Provence atteint les recoins du monde de 1912 avec cette enveloppe partie de Kerguelen, acheminée par un navire ravitailleur d'un compagnie baleinière (colonisation, mondialisation et environnement) vers l'Afrique du Sud pour une remise dans les circuits postaux maritimes. En trois semaines, elle est arrivée à destination au Havre.

Mais un « monde européen » éphémère voire pas conformes aux préjugés coloniaux.
En se plaçant dans l'entre-deux-guerres, la majorité des collections se situe déjà à la fin de ces empires coloniaux : à entendre clamer qu'ils sont envahis pour être « civilisés », des indigènes qui ont suivi le chemin de la « civilisation » réclament les droits qui vont avec les nombreux devoirs qu'ils leur ont été imposés, non sans violence.
Lettre portant une Marianne de Decaris illégalement surchargée « Algérie française 23 avril 1961 » (collection Égon Habé, Paris-Philex 2016).
Bien évidemment, la collection grand vermeil de l'Alsacien Égon Habé illustre ce thème de la fin des empires avec, en philatélie moderne, « la Marianne de Decaris surchargée EA » par les autorités algériennes indépendantes entre juillet 1962 et janvier 1963.

En amont, il présente des surcharges des partisans de l'« Algérie française » (mais était-il pour l'application de toutes les valeurs de la République à toute la population ?) dans le contexte du Putsch des généraux d'avril 1961 ou des actions de l'Organisation de l'armée secrète à destination des élus de métropole.

Comment les empires coloniaux ont-ils pu finir si mal ? Exploitation contre « civilisation », racisme contre valeurs, etc. Sûrement aussi préjugés et complexe de supériorité face aux cultures indigènes jugées si pittoresques... Soupir.
Lettre de Rhodes italienne pour Téhéran en mai 1933 (collection René Maréchal, Paris-Philex 2016).
Merci à René Maréchal de fournir un formidable document de la diversité humaine, dans la seconde collection qu'il présentait, « La poste aérienne en mer Égée (1929-1947) ». Pourquoi cette zone si précise ? Elle est une escale possible sur la route entre l'Europe et le Proche-Orient - un autre courrier montre les liaisons aériennes entre pays baltes et Pologne d'une part, et la Palestine d'autre part via la mer Égée.

Ensuite, car Rhodes et les autres îles du Dodécanèse sont sous contrôle italien, alors que Mussolini veut faire de l'Italie une grande puissance, ce qui passe par l'aviation sur le modèle impérial britannique et français (voir plus haut).

Maintenant, suivons grâce à M. Maréchal cette enveloppe dont le verso timbré était présenté au visiteur de Paris-Philex et le scan du recto en-dessous. Elle est expédiée de Rhodes par un dénommé Albert Israel le onze mai 1933. Elle est déposée le lendemain à Athènes (oblitération à gauche des timbres) par Aero Espresso Italiana. Quatre jours après, Imperial Airways l'emporte d'escale en escale jusqu'à Bagdad (oblitération à droite des timbres). Là, c'est une compagnie allemande, Junkers Luftverkehr Persien, l'amène à Téhéran le vingt-et-un.

Adresse transcrite en farsi et lettre parvenue à David Israël à l'École Alliance israélite universelle, institution internationale créée en France en 1860 - fondation commémorée en France par un timbre en 2010. Le courrier passe donc, d'entreprises concurrentes en entreprises, et dont les pays d'origine sont difficilement amis selon les paires constituées ; pour permettre la correspondance entre deux personnes de confession juive, dont une vivait dans un pays à majorité chiite qui, même devenu République islamique en 1979, assure une représentation politique minimale même si avec suspicion.

L'article de Wikipédia signale comment l'Alliance israélite universelle ouvrit des écoles avec le soutien des autorités perses au tournant du vingtième siècle et qui connurent une certaine popularité auprès des élites musulmanes... Peut-être car elles furent davantage françaises au départ qu'israélites et persanes par la suite ?

Une diversité postale pour une histoire de rencontres humaines variées, au-delà des intérêts géopolitiques ou commerciaux. Très beau souvenir qu'est cette enveloppe dans une collection grand vermeil et prix spécial du jury qui rejoint le long palmarès aérophilatélique de M. Maréchal depuis 1995.

À suivre...
Encore un article sur les collections de Paris-Philex : comment la Seconde Guerre mondiale inspire les collectionneurs.